Compostelle – Partie 5 Le retour

 23 Avril, St Jean Pied de Port – Ostabat

Nous quittons le confort du gîte, mais sans regrets. Le camino nous appelle. Je reconnais peu à peu les détails du chemin. Nous avançons bien, je mets Sarah au trot. La chaleur arrive, mais pour une fois j’en suis heureuse. En fin d’après-midi, je voudrais quand même trouver un endroit pour la nuit. Une petite cabanne de bois trône dans la fôret, mais la moindre trace d’herbe autour. Pas l’idéal pour Sarah! Tant pis, nous continuons. Nous nous attaquons à une longue côte qui n’en finit pas. Le chemin serpente sur la calliasse. A perte de vue, un plateau, recouvert de genêts… Je commence à douter. Mais c’était sans compter sur le camino, qui nous adresse un formidable clin d’oeil! Devant nous, mon mirage se matérialise en une adorable chapelle, entourée d’herbe et munie d’un robinet d’eau. Nous ne pouvions avoir plus de chance! Aussitôt, je dessèle Sarah, la bouchonne et l’attache dans l’herbe. Une petite pièce dans la chapelle me permet d’entreposer le matériel et m’offre un abris. Je décide pourtant d’installer mon sac de couchage avec Sarah. La vue est magnifique! La chapelle se trouve juste au sommet de la colline. D’ici, on a une vue à 360° sur les environs. Des prés à perte de vue, et un coucher de soleil rien que pour nous, c’est merveilleux! Heureuse, je me glisse dans mon sac avec Chinook, quand tout à coup, Sarah part au grand trot. Sa corde, rallongée par quelques mètres de fil de clôture, casse immédiatement. Je n’ai pas le temps de sortir de mon sac qu’elle s’éloigne déjà au galop dans la nuit. Réflexe, et ne sachant que faire d’autre, je me lance à sa poursuite. Comme avant Santiago, je la retrouve en grande conversation avec les chevaux voisins. Ce n’est qu’en m’arrêtant que je hurle. Obnubilée par la fugue de ma licorne, je ne prêtais pas attention au fait que je m’étais élancée, pieds nus, sur la roche puis à travers les genêts. Mes pieds me ramènent pourtant à la réalité. Je ne suis pas coupée, mais les épines ont mordues dans chaque centimètre carré de peau. Je saute sur le dos de Sarah pour rejoindre la petite chapelle mais lui épargne tout sermon. Après tout, je n’peux pas lui en vouloir de chercher un peu de compagnie, surtout quand un beau mec est dans les parrages! J’aurais certainement fait pareil… Je me contente de me pencher sur son encolure et lui plaque un baiser sonore. Pour ce qui est de mes pieds, c’est plus compliqué. Je n’est pas de pince à épiler, mais je me promets d’en emmener une pour mon prochain voyage! Je parviens à enlever le plus gros, et finalement un tapis d’étoiles me glisse dans les bras de Morphée.

24 Avril, Ostabat – un petit carré d’herbe

Joyeux anniversaire Axelle! Journée très chaude, les kilomètres s’allongent et les pélerins tirent vite la langue! Un petit carré d’herbe sans eau nous accueille pour la nuit. Je dispose les affaires sous une table de pique-nique en bois, m’allonge dessus et recouvre le tout avec la bache en prévision des quelques gouttes qui tombent déjà. Las…

25 Avril, Le petit coin – Maslacq

La pluie nous fait honneur aujourd’hui! L’après-midi traîne en longueur, ou est-ce juste une impression car je sais que nous serons bien accueillies ce soir? Enfin, nous retrouvons la maison d’André et Lilou! Mon moral refuse de rester au beau fixe, peut-être parce que ce soir j’aimerais être ailleurs…

 26 Avril, Maslacq – Geus

Une forte pluie me salue ce matin quand je pointe le bout de mon nez. Je veux faire rentrer Sarah dans le garage le temps de la préparer mais elle refuse net. Pourquoi? Ca, elle refuse de me l’expliquer… Tant pis, j’essaye d’être aussi rapide que possible à l’harnacher et nous voilà reparties! Hum… On serait pas un peu sorties du camino par hasard? Bon, ben vogue la galère, tous les chemins mènent à Rome! Mes pensées défilent, déferlent, ça foctionne à plein régime là-haut! Je caresse l’encolure de Sarah, qui, tête baissée, brave la tempête. Avec elle, j’arriverai même à passer au travers d’un ouragan! Nous avançons bien malgré la météo. Je suis tellement bien intérieurement, heureuse d’être là où je suis que la pluie devient une partenaire, elle m’enveloppe d’une douce bulle de paix. C’est une amie, et nous cheminons ensemble.

 Ce soir, le général Leclerc et son épouse m’accueillent, comme promis! Sarah est elle installée au centre équestre juste en face, avec foin, grain, et quelques crinières comme compagnie. Je reste un moment à discuter avec Valérie, propriétaire des lieux. Elle voue un véritable amour aux chevaux et le courant passe bien. J’aime sa façon de parler de nos compagnons et son quotidien à leur côté qu’elle me décrit. Quand enfin nous nous mettons en route, je constate que Sarah tient une forma olympique! Pleine d’énergie, elle me porte en avant et ponctue sa route de joyeux écarts injustifiés. Je rie, elle aussi, ça la motive et nous voilà reparties de plus belle!

27 Avril, Geus – Pimbo

Incroyable, nous croisons Medhi sur la route! Il propose de prendre notre matériel pour soulager Sarah, j’accepte avec joie, trop heureuse de le retrouver! Aller, en route, notre petit bout de paradis nous attend! Mais… Je suis incapable de retrouver le bon chemin, et ce n’est qu’après 2h de détours que nous arrivons enfin! La maison du bonheur! Sarah est installée, Chinook retrouve Falcor, et moi mes anges du chemin! Ils me proposent de rester quelques jours, ce que j’accepte avec joie! Medhi va chercher foin et grain dans la ferme de son beau père, me fait un stock de provisions… Je ne sais comment le remercier! Les mots ont parfois du mal à décrire ce que l’on a au fond du coeur… Mais un immense merci à vous 3, Medhi, Noah et Isa pour ces quelques jours fantastiques!! Le lendemain soir, je propose de garder Noah alors que Medhi et Isa se rendent à un concert. Soirée plateau-télé et rire, mon coeur s’emplit d’une douce chaleur. Nous resterons finalement 4 jours dans ce petit coin de paradis, puis le camino nous rappelle à lui.

1er Mai, Pimbo – Aire sur l’Adour

Pour l’étape d’aujourd’hui, Noah décide de nous accompagner! Medhi nous prépare un taboulet, et off we go! Notre courageux petit pélerin avance bien, et je lui offre 2h en selle plus que méritées! Je suis contente d’avoir un peu de compagnie. Medhi nous retrouve le soir et me rapporte les bagages qu’il a amené en voiture. J’ai du mal à me séparer d’eux, je profiterais bien encore un peu de leur chaleur humaine, mais voilà, réalité du voyageur, la plupart des rencontres ne sont que furtives… Nous atteignons vite le chenil de Fred et Véro, et je regrette que Fred soit absent. Tant pis, on se reverra en d’autres occasions, les amoureux de chevaux se retrouvent toujours! Sarah plonge le nez dans un seau de grain avec plaisir pendant que je me réinstalle devant la cheminée, dans la petite grange. Je trouve dans un vieux cartons plusieurs livres de Walt Disney, ce retour en enfance me ravie et m’occupe toute la soirée.

2 Mai, Aire sur Adour – Un pré au bord d’un lac

Bon, Sarah vient de déferrer des 2 antérieurs, mes talents en matière de marréchalerie en prennent un sacré coup! Nous sommes pourtant forcées de continuer, faute de plan B. Je dois en plus trouver un emplacement de bivouac non seulement pour nous mais en plus pour un camion de 2 tonnes, car Axelle, mon amie d’enfance et son copain font un détour pour venir nous voir. AVec eux, le chat et les 3 chiens sont de la partie! Il faudra donc arriver à caser tout ce petit monde! Nous avançons un moment, jusqu’à tomber sur un lac, entouré d’un pré magnifique, le coin parfait! Je profite du lac pour faire une lessive et Sarah fait le plein d’herbe. Un homme vient à notre rencontre avec sa fille, il habite juste au-dessus, et… Il est maréchal! A peine croyable! Il referre Sarah et m’invite à rester pour la nuit. Cette fois, je me vois obligée de refuser, Axelle et Timothé arrivant bientôt. Merci quand même pour ce dépannage inespéré!

Finalement, toute notre petite trouppe à 4 pattes cohabite à merveille, et nous finissons la soirée autour d’un feu.

3 Mai, Le pré – Un carré de sapins

On se sépare doucement, et me revoilà avec ma licorne et petit chien sur les routes. Journée tranquille, nous caminons jusque tard dans l’après-midi et nous installons dans un carré d’herbe cerclé de sapins. Dernière nuit à la belle étoile avec ma licorne sur le camino. 

4 Mai, Le pré – Condom

Aujourd’hui sera notre dernière étape su voyage, Gérard viendra demain matin pour nous ramener en camion car dans 15 jours seulement je rattaque une saison aux écuries en Irlande… Je me mets en selle, aller, au trot! nous caminons bien et nous revoilà au gîte de Condom où nous avions dormis 3 mois plus tôt. Je reste un moment avec Sarah, à réfléchir à notre retour imminent. Comment l’encaisser, que va t’il se passer? Je préfère ne pas y penser, il faudra bien le vivre de toutes façons, à quoi bon s’interroger maintenant? Demain, c’est bien asser tôt!…

5 Mai, Condom – Villefranche de Rouergue, ultime étape

Nous y sommes. Je prépare Sarah comme à l’accoutumée, mais c’est juste le temps de traverser la ville et trouver un endroit où le van pourra se garer. 1h de camino, tout au plus… Je n’y pense pas, Carpe Diem! Assise dans le 4×4, j’ai du mal à accepter le fait que nous faisons environ 70kms/h. Les kilomètres défilent à toute allure, j’avais presque oublié que ça pouvait être si facil!

Nous nous arrêtons finalement à l’entrée de la ville, il est prévu que nous fassions notre arrivée en selle (enfin, pour ma part!). Les fers de Sarah résonnent sur la pavé et cognent dans mon coeur. Nous y voilà, retour à la maison, fin du voyage, terminé… Je ne réalise pas et c’est tant mieux! Je refuse de laisser libre court à toutes les pensées qui s’agitent dans ma tête. Enfin, pour l’heure… J’aperçois au loin un petit groupe de personnes, j’arrête Sarah. Une folle envie de faire-demi tour me prend. Sarah, muscles tendus, attend mes ordres. Allez savoir pourquoi, je fais un claquement de langue et nous repartons en avant. Les soeurs d’Anawim et Jean-Pierre, le journaliste qui nous a suivit, sont là pour nous accueillirent. J’ai l’impression de me dédoubler, une partie de moi s’ouvre à ce comité, l’autre est restée sur le camino, loin, très loin d’ici! Des images se bousculent dans ma tête. Suis-je contente de rentrer? Je ne sais pas, je suis trop partagée entre 2 sentiments. Et Sarah, et Chinook, qu’est-ce que vous en pensez? En silence, je profite de notre derniers kilomètres en solo, notre petit comité rentrant en voiture. Je parle à Sarah, lui explique que nous sommes rentrées, elle le sait déjà, mais c’est surtout moi que je tente de convaincre! Voilà, nous y sommes! Machinalement, je dessèle Sarah, la bouchonne, la voilà de retour dans son pré. J’imagine ses retrouvailles avec les chevaux, qu’en pense t’elle? En 10ans, ils ne s’étaient jamais quitté aussi longtemps! Mais ils ne sont guère démonstratifs, se contentant de se renifler, comme avec n’importe quel inconnu, puis chacun se remet à brouter. Tant pis… Les choses reprennent leur cours, mais je sais que j’ai moi beaucoup changé durant ce voyage. Je sais aussi que ce n’était que ma première vraie aventure, celle qui m’aura tant appris et m’aura révélée à moi-même. A présent je sais qui je suis : Nomade.

 

 

 

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Compostelle 2009 – Partie 4

 30 Mars Santiago – Santa Irene

Etrange de se dire que l’on est sur le retour! Nous avançons en sens inverse des rares autres pélerins, et le balisage se fait déjà plus compliqué… Après être sortit du camino, nous nous retrouvons sur la route, mais finalement, j’aperçois une flèche et me rend compte que cette déviation a fait office de raccourcis! Nous revoilà donc à la ferme abandonnée qui nous avait accueillie quelques jours auparavant.

Ce soir, atelier couture : Je dois réparer mes sacoches et recoudre mon pull, qui commence à accuser le coup. Je me cale contre le tronc d’un gros chêne et profite du spectacle que m’offre le ciel, illuminé de milliards d’étoiles, comme autant de petits anges qui veillent sur nous.

 31 Mars, Santa Irene – Rivadiso

Après une nuit glaciale (mes pieds ont bien faillit geler!), nous nous remettons en route. Sarah se rappelle exactement du chemin à emprunter et veut s’arrêter au même endroit qu’à l’allée, pour sur, elle est bien plus douée que moi en orientation! Retour à l’albergue de Ribadiso au bord du ruisseau. Je fais ma première machine en 2 mois. Demain, nous serons de retour chez Lukas !!

 1er Avril, Rivadiso – Meixide

Après avoir joué à cache-cache avec le camino pas toujours très bien balisé sur le retour, nous revoilà chez Lukas, où je réinstalle Sarah dans “son” pré, et reste un moment avec elle. Lukas m’aide à organiser notre retour. Nous prendrons demain un camion jusqu’à la côte, au nord, pour nous élancer ensuite sur le Camino del Norte, notre chemin de retour.

 5 Avril, Quelque part sur la côte

Plusieurs jours sans écrire… Nous faisons des kilomètres de détour pour trouver un sentier ou quelque chose qui s’en rapproche. A notre gauche, l’océan s’étend à perte de vue, d’un bleu vif. A notre droite, quelques petits villages. Nous essayons de rester entre les 2. Hier, nous avons bivouaqué dans un pré encaissé, à 200m de l’océan. Les nuits sont fraiches et humides, mais au moins Sarah a suffisamment d’herbe, et j’ai toujours une réserve d’orge. Ce soir, je dors dans un véritable horreo, qui m’offrira une bonne protection contre la pluie qui s’abbat dehors. Les jours s’égrennent très lentement …

6 Avril, Candas

Cette fois, le voyage prend des teintes de cauchemard. Nous ne progressons plus que sur des grandes routes où les camions klaxonnent en nous doublant. Pas moyen d’échapper au bitume, les chemins ici n’existent pas, je me dirige à la boussole : direction la France, à l’Est. Arrivées à Candas en fin d’après midi, je me rend consécutivement à la mairie, à l’office de tourisme et à la police afin de me renseigner sur un endroit où passer la nuit. Rien, pas un seul petit bout de pré ou de parc ne peut nous accueillir, et la nuit va tomber. Nous ne pouvons pas continuer, il n’y a rien pour nous autour d’ici, et apparemment ça ne soucie personne. Bref, nous partons au hasard dans la ville et finalement, alors que le soleil disparaît, j’avise ce que je crois être le parc d’une salle des fêtes. Ca ne l’était pas. A 22h30, les flics viennent me déloger, me demande mes papiers et ceux de mes compagnes et me demandent de partir sur le champ. Ma lampe frontale vissée sur le front, je charge Sarah à la hâte sous l’oeil peu indulgent des 2 policiers et pars à l’aveuglette. Je trouve alors au sommet d’une côte une famille qui accepte que nous restions là pour la nuit. D’ici, je comprend que l’on peut voir les gyrophares de la voiture de flic, ils ont donc compris la situation. L’espace correspond en fait à 20m de forêt défrichée et en forte pente. Sarah semble ne pas faire d’histoire, je l’admire! Quant à moi, je ne prend même pas la peine de déballer le matériel et m’étale sur la couverture de Sarah à même le sol, Chinook serrée contre moi. C’est vraiment raide et je glisse , je ne dors pas, et pourtant, le pire est encore à venir.

 9 Avril, Santander – Samos

Ce matin, comme prévu, un camion nous emmène jusqu’à Santander. Ce n’est qu’après que j’apprends que ma carte bancaire est bloquée, et que je viens de donner au chauffeur tout ce qu’il nous restait. Dans ma poche, quelques pièces : 4euros. Et encore un mois et demie de voyage pour rentrer chez nous… J’ai l’estomac noué. De plus, une fois Sarah débarquée du camion à Santander, nous ne parvenons pas à sortir de la ville! Habituellement, les pélerins prennent un bateau pour contourner la péninsule… Pour nous, c’est donc plus compliqué! Chaque fois que je tente une route, nous nous retrouvons sur une entrée d’autoroute! Je finis par arrêter un flic, qui, débonnaire, me dit que oui, le seul moyen est de prendre une petite portion d’autoroute mais que c’est sur à cheval, ça risque de poser problème avec la police… Attérée, je voudrais lui répondre que ce n’est pas le problème mais me ravise; à quoi bon… Nous voila donc à enchaîner routes, ruelles, à traverser un chemin de fer, à passer à travers le grillage qui ferme les parkings… Sarah je t’en prie, ne raconte à personne nos quelques centaines de mètres sur l’auroroute!… Pour finalement sortir de Santander. Je choisis de faire une pause sur un aire de repos. Je fais le bilan. Je n’ai aucune idée du chemin à prendre, nous n’avons plus d’argent, et vraisemblablement, nous sommes contraintes de caminer sur le bitume. Mon moral dégringole en flèche. Par chance, c’est le moment que choisit un de nos anges du chemin pour faire son apparition sous la forme d’un homme charmant qui m’offre un sandwich au poulet, qu’il vient de faire griller sur le barbecue avec une bande d’amis. Je le remercie et voudrais pouvoir lui expliquer la valeur de son geste, mais je ne dis rien.

Nous repartons en direction de Samos, toujours sur le bitume, sans trop savoir où aller. Je suis moralement pommée, épuisée, j’en ai marre.

Après avoir pris une quinzaine de portes dans le nez, nous trouvons où bivouaquer dans le jardin d’une salle des fêtes (une vrai cette fois)! Il n’y a pas trop d’herbe mais ça aurait pu être pire… Ben oui, justement, la pluie arrive. Je n’ai plus de tente depuis quelques jours et me protège tant bien que mal avec la bâche, mais mon sac de couchage finit par se mouiller, sensation désagréable qui me tient éveillée une bonne partie de la nuit et annéantie mon moral.

10 Avril, Samos – Cicero

La pluie redouble de violence au petit matin. J’enfile ma combinaison imperméable (pas tant que ça!), charge Sarah et la protège avec la bâche déjà trempée, puis nous repartons. Sur le bitume une fois encore car les sentiers restent inexistants, et je ne me dirige plus qu’à la boussole, n’ayant qu’une grossière carte routière qu’un chauffeur m’a donné. Nous sommes trempées en 10min, j’ai froid, mes doigts sont gelés et je me force à trouver des pensées agréables. Les heures passent, sous la pluie glaciale et de plus en plus violente, le ciel est sombre tout comme mon humeur. Je décide de demander l’hospitalité dès que possible. J’ai faim. Nous traversons Santona, ville assez importante où les habitants nous dévisagent. Je reste en selle et regarde loin devant moi, la ville est bientôt happée par la pluie qui se transforme en tempête. Chaque fois que je frappe à la porte d’une maison, mon coeur y croit un peu, mais finalement, cette même porte se referme devant nous avec un non catégorique qui résonne dans l’air. J’ai à présent du mal à voir où nous mettons les pieds tellement le rideau de pluie est épais et fort. J’y crois de moins en moins. Je suis gelée, mes doigts refusent d’obéir, mais aller, nous devons continuer! Non, non, non… Toujours cette même et unique réponse! Cela me blesse profondément et ne me conforte pas quant à la bonté des êtres humains. Quand enfin j’entends oui, mon cœur saute de joie… Et se cogne! En fait, la femme nous offre la possibilité de dormir dans le minuscule poulailler, où Sarah n’a même pas la place de se retourner une fois qu’elle est rentrée. Le sol est immonde (nous sommes bien dans un poulailler), et la nourriture des poules est en fait une macération de pain et de lait caillé qui ajoute au charme de l’endroit. Toutes les affaires sont trempées, même mon sac de couchage, et de toutes façons, je n’ai nulle part où l’étendre! J’avise un fagot de bois où je m’assied, transie de froid et vidée de toute énergie. Nous passons 16h ainsi, moi assise sur le fagot, Sarah a lécher les gamelles des poules, la tempête nous interdisant de repartir. Le ventre vide et le froid glaçant chaque parcelle de mon corps font barrière à d’éventuelles pensées positives, et quand j’essaye de chanter pour adoucir notre nuit, les sanglots viennent étouffer les phrases qui se noient bientôt dans mes larmes.

11 Avril, Quelque part sur la côte espagnole

Je n’ai plus aucune idée de l’endroit où nous sommes. Nous empruntons tour à tour petites routes et sentiers, l’océan toujours sur notre gauche, la boussole pointant à l’Est. La pluie ne semble pas vouloir nous quitter mais elle s’est adoucie. Mes pieds commencent à pourrir et sont recouverts d’une épaisse couche de peau blanchâtre, parsemée de points noirs. Je commence aussi à avoir vraiment faim. Nouvel ange du camino, Pierre, qui s’occupe en France de l’auberge de Concques m’invite à boire un café. Trop heureuse, j’accepte et savoure ce cafe con leche, sans pouvoir décrire à quicquonque qu’il représente pour moi bien plus qu’une simple boisson chaude!

Il m’indique un refuge pour pèlerins à seulement quelques kms de là et m’annonce une nouvelle incroyable : nous sommes sur le camino del norte! Cette nouvelle me redonne du baume au cœur, et nous trouvons en effet le refuge (gratuit) pour pèlerins : 6 lits superposés, une douche, une table; un palace! Je trouve en face un pré pour Sarah et un sourire s’installe sur mon visage après une douche chaude. Après quoi je m’étale sur un matelas et sombre dans un sommeil agité. Quand mon téléphone sonne, m’annonçant un appel de Lukas, je n’ose pas répondre, de peur de fondre en larmes aux premiers mots. Mais ce petit refuge est plus que bienvenue!

 12 Avril, Le long de la côte…

 les larmes aux yeux ce matin; je n’ai pas le temps d’aller chercher Sarah au pré que la pluie se met à tomber… Petit moral. En début d’après-midi, j’aperçois au loin ce qui semble être un terrain de cross. Aurait-on cette chance? Oui, c’est bien un centre équestre! Nous voilà vite entourés de gens charmants. Ils mettent à ma disposition leur matériel de maréchalerie, et je me mets au boulot! Il faut que je change les 4 fers de ma licorne. Oui mais voilà, le ventre vide depuis plusieurs jours, on est pas très performant! Par chance, les propriétaires m’invitent à partager leur table, avec les cavaliers du club! Peu après, je m’y remets. Tricoises, râpe… Je travaille lentement mais je veux être sûre de m’appliquer! Finalement, environ 4h plus tard, nous pouvons repartir, avec en prime une réserve d’avoine! Merci!

Nous avons du mal à trouver un endroit où bivouaquer, et je regrette de ne pas être restée au centre équestre. Nous nous arrêtons finalement sur un sentier de pêcheurs le long de la côte, au bord de la falaise. En d’autres circonstances, j’aurais trouvé l’endroit magnifique! Nous avons l’océan pour nous toutes seules, mais finalement la pluie décide de se joindre à nouveau à nous… Je dévore le paquet de chips que l’on m’a donné aux écuries et étend la bâche sur Chinook et moi pour la nuit. Au milieu de la nuit, je me réveille et grimace : tout est trempé, et j’hésite à prendre la route pour caminer de nuit. Mais je me ravise. Toute seule peut-être, mais pas avec Sarah. J’ai froid.

La pluie nous laissera t’elle en paix?…

 13 Avril la côte – Bilbao

Nous attendons donc qu’il soit 7h pour repartir, encore et toujours sur la route… Nous nous retrouvons alors face à un escalier de 150m en descente, et pas moyen d’y couper! Nous suivons une piste clôturée depuis plus de 4h, et je ne sais même pas par où l’on pourrait la contourner! Que faire? Sarah me répond : Cahin-caha, elle entame sa descente. Je marche à ses côtés, en apnée, de peur qu’elle ne tombe. Toute fière, elle me regard et attend un compliment. Sarah! Mon ange!

 J’ai à nouveau faim, et c’est incontournable, mes pensées reviennent à cette unique préoccupation. Arrivées (enfin!) à Bilbao, nous retrouvons nos amis les flics. Mademoiselle, sur le bord s’il vous plaît, papiers, etc… Ils décident alors de m’escorter à travers cette gigantesque ville, et me demande si je ne pourrais pas me mettre en selle et galoper pour aller plus vite! Non messieurs, navrée mais je ne joue pas à Zorro! Alors si vous voulez nous escorter, ça sera au pas, à 3km/h, pas autrement! Après 2h de progression, le convoi exceptionnel se sépare, et je n’en suis pas fâchée! Oui mais voilà, pas facile de trouver un endroit par ici! Sarah trouve finalement un coin qui lui convient. J’accepte, malgré la forte pente. D’ici, on a une vue sur l’ensemble de la ville. C’est immense! Dire qu’on vient de traverser tout ça! J’étale mon sac de couchage toujours mouillé, grimace et me force à rentrer dedans. Oui, mais quand ça penche, ça penche! Je glisse dans mon sommeil sous l’œil rieur de Sarah qui n’a pas se problème. Au milieu de le nuit, il se remet à pleuvoir, et je sais déjà que la bâche ne nous protègera pas assez… L’obscurité me laisse seule avec ma peine et les heures à tuer avant que le jour naissant nous offre l’opportunité de repartir… Je grelotte et espère que l’aube ne tardera pas trop…

14 Avril, Bilbao – Gernika

Je remballe le matériel trempé, d’ailleurs, la pluie est toujours des notres! Nous prenons direction Zamurio, mais je m’étonne vite en voyant que la route nous emmène à l’opposé. A quoi me fier, les panneaux ou la boussole? Nous nous éloignons de plus en plus de notre cap, et je décide de faire demi-tour. Mais nous progressons maintenant sur une nationale embouteillée où les voitures et camions klaxonnent, Sarah bouge, je tiens toujours Chinook en longe… L’horreur! Je suis à bout. Nous sortons enfin de là et je trouve un pré dans lequel attacher Sarah avec 2 ânes. Le propriétaire m’offre une ruine pour la nuit, mais je n’ai aucune chance d’y faire sécher mes affaires, pas même mon sac de couchage, et le lieu est infâme et glauque. La pluie m’interdit d’allumer un feu, les larmes arrivent, les nerfs lâchent. Marre! Marre de la route en continue, sans chemins, marre des flics qui nous arrêtent sans cesse, d’être trempée, seule, d’avoir faim…! Je veux simplement manger et que mes pieds sèchent enfin.

 Finalement, je décide de repartir pour tenter ma chance un peu plus loin. Je commence à le regretter, la journée traine en longueur et il pleut toujours, nous sommes fatiguées! Peu après Gernika, un paysan pas bavard et un peu bourru m’offre un pré clôt pour Sarah et l’étable pour Chinook et moi-même. Me voilà installée comme Jésus, entre la vache et l’âne (si si!), dans le foin. Sans les roi mages et la myrrhe peut-être, mais ça va mieux. Chinook déguste un seau de lait volé au chat pendant que j’étale une couche de foin pour la nuit. J’agis sans réfléchir; ne plus penser à rien, surtout ne plus penser! C’est encore ce qu’il y’a de mieux!

Contre toute attente, l’homme et son épouse m’invitent à dîner! Soupe chaude, viande, pain et un merveilleux cafe con leche, le rêve!! Le lendemain, ils me préparent même une poche avec des bocadillos! Merci ! Mille fois merci !!

 15 Avril, Gernika – quelque part en Espagne…

Mon moral est remonté en flèche, je positive, Sarah a eut une bonne nuit, le sourire revient. Si seulement je pouvais faire sécher mes vêtements et que la pluie s’arrête! Enfin nous trouvons un chemin en pente, d’où s’échappe une odeur de conifères. Mon coeur s’emballe, ça sent la maison! Cette odeur a toujours eu beaucoup d’effet sur moi, elle me rappelle la forêt dans laquelle je me promène avec Sarah, derrière chez nous. Nous passons à travers quelques averses et un violent éclair me fait sursauter. Un orage, manquait plus que ça… Dans l’après-midi, je commence à chercher un endroit où bivouaquer. Avant 10 refus, pas le droit de se plaindre, c’est la règle. Le 6éme coup est le bon! Sarah est attachée dans un pré bien maigre mais le couple nous offre l’établit. Surprise! Je découvre dans celui-ci un lavabo, mais surtout un radiateur! Miracle, mes chaussures vont enfin pouvoir sécher et je peux même laver mes vêtements! N’ayant pas mis les pieds dans un maison depuis chez Lukas, cet établit prend pour moi des allures de palace! De la chaleur! Du sec! Quand en plus ils m’invitent à manger et à prendre une douche, je ne sais comment les remercier. Nous discutons longuement, mon espagnol me le permettant à présent, et Benite s’inquiète beaucoup de me savoir si jeune et seule sur les routes. Je lui explique alors que c’est par choix et lui parle des moments heureux que j’ai eu sur le camino avec ma petite caravane. Elle me prépare un bocadillo pour le lendemain et m’invite à petit déjeuner avec eux. Le paradis!

 16 Avril, L’établit – Quelques part dans les collines

Ce matin, Benita me serre dans ses bras et nous regarde partir les yeux rouges. Sur la route, un flic nous arrête, tout sourire, pour nous souhaiter bon voyage, incroyable! Nous caminons avec le sourire et le soleil brille enfin. Je profite de traverser une ville pour tenter ma chance avec un distributeur, sans pourtant trop y croire. Encore un miracle! Je peux retirer une petite somme certes, mais qui nous suffira largement!Je suis soulagée. En milieu de journée, un homme me fais signe de m’arrêter et entame la conversation. Il me dit avoir deux chevaux et le projet de partir sur une courte randonnée. Il aimerait discuter un peu, me pose des questions… Je suis ravie de pouvoir partager mon voyage avec lui et lui explique que je cherche à me rapprocher de Pampelone le plus vite possible. Sur ce, son meilleur ami, maréchal-ferrant, vient nous rejoindre, et voilà mes 2 anges gardiens qui font des pieds et des mains pour nous dégoter le camion d’un ami! Je retiens mon souffle, c’est presque trop beau! Le camion sera là dans 2h et nous conduira à la frontière Navarre, 45kms avant Pampelone. J’ai presque envie de leur sauter dans les bras! Ils attendent tous deux avec moi et nous en profitons pour parler chevaux. Ils vont même jusqu’à faire quelques courses et nous partageons un pique-nique au soleil. Apparemment, ma ferrure est correcte et j’en suis ravie! Le maréchal ferrant est tout jeune et m’avoue son admiration pour notre périple. Il me laisse des provisions, je le remercie une dernière fois. Je ne connais même pas son nom, et il sera pourtant un des anges qui auront croisés notre chemin!

 A 17h, notre taxi-camion nous dépose à la frontière, nous sommes donc en Navarre. J’ose à peine y croire! Nous trouvons un petit coin où bivouaquer, avec de l’eau et surtout le auvent d’une centrale d’eau qui me permet d’échapper à la pluie qui est à nouveau des notres. J’y étale mon sac de couchage et empile le matériel. Dans quelques jours nous serons en France, nous avons de l’argent, je suis bien. Merci à nos anges gardiens! J’en oublierai presque la pluie!

 17 Avril, frontière Navarre – un petit bois

Nous repartons tranquilles, et je m’offre le luxe d’aller faire les courses. Geste banal dans le quotidien de toute personne, mais qui relève du miracle pour moi! Pause lunch sur une aire de repos où regorgent herbe et pissenlits. Tout va bien. Trop peut-être, car notre petit diablotin est de retour : Sarah s’arrache un fer en traversant un passage canadien. Le fer tombe au fond, et pas moyen de l’en déloger! Mince! Voilà qui risque fort de beaucoup nous handicaper! Pas le choix cependant, nous continuons! Et… pas moyen de se poser! Aucun petit coin, aucune parcelle! Nous sommes forcées de continuer, et atterrissons finalement 15kms avant Pampelone, dans un petit bois. Sarah a suffisemment de corde pour brouter jusqu’au pré des vaches qui nous entourent, mais je me lève toutes les heures pour la démêler. Elle se laisse faire en me regardant comme si c’était parfaitement normal! Nous partageons le travail, elle s’emmêle, je la sors de là… Demain, grasse matinée pour tout le monde!

 18 Avril, Le bois – Pampelone

La grasse matinée, c’était sans compter sur Sarah et Chinook, venues réclamer leur petit déj au lever du soleil! Sarah venant carrément me souffler dessus (il faut dire que nous dormons vraiment ensemble, mon sac de couchage étendue à même le sol à ses côtés), et Chinook, assise en face de moi, avec un regard insoutenable. Ok, ok! Je me lève!

Nous prenons doucement la route vers Pampelone, quand j’aperçois un panneau indiquant un centre équestre. Revanche petit diablotin! Nous y faisons la rencontre de César, propriétaire des lieux, cavalier d’endurance et amoureux de chevaux. Il accepte avec joie de remplacer le fer de Sarah et m’offre un demi sac de grain que je cale sur la selle. Un grand merci à toi César!! Et c’est repartit pour 4h de marche, la traversée de Pampelone étant beaucoup plus compliquée dans ce sens là! A l’Ouest, je vois les montagnes, et le col del Pardon où trônent les pèlerins de bronze. Je souris. Souvenirs… Et que de chemin parcourut depuis! Nous nous posons pour la nuit à la sortie de la ville (imaginez un cheval dans Pampelone!). J’aurais bien trouvé plus calme, mais d’après mes souvenirs, la distance serait trop longue jusqu’au prochain endroit où nous pourrions bivouaquer. Mais je me console, Sarah a de l’herbe et du grain. Par contre, pas moyen aujourd’hui de trouver un commerce ouvert! Il me reste une plaquette de chocolat que je râpe à l’aide de mon opinel, sur le grain de Sarah. Pas terrible, les grains d’avoine restent collés au dents, et le tout s’avère vite immangeable au-delà de quelques bouchées. Pourtant, rien n’atteind mon petit soleil intérieur. Pas même les averses qui pourtant reprennent. J’attends cependant la tombée de la nuit pour m’installer par terre aux côtés de Sarah, histoire de ne pas attirer trop de curieux, et la bâche nous sert une fois encore de toit sommaire…

 19 Avril, Pampelone – Larrasoana

Nous partons de bonne heure, je n’ai aucune envie de me réveiller au milieu des gens ahuris. Nous retrouvons avec plaisir les balises et sentiers. Pause au soleil pour le lunch dans un beau pré. Les juments Comtoises que nous avions vu en Février ont pouliné, elles sont plusieurs dizaines, parsemant les champs alentours. Je m’en délecte. Les poulains, encore tous jeunes, promettent d’être aussi costauds que leurs mères et se lancent dans des combats amicaux.

Nous arrivons enfin à Larrasoana. Accolade, rires, c’est aujourd’hui l’anniversaire de Javier que je retrouve avec sa famille! Je suis invitée à manger avec eux, tandis que Sarah retrouve son pré. Mes progrès linguistiques me permettent à présent de tenir une vrai conversation et j’en profite! En fin d’après-midi, la petite famille reprend la route de Pampelone et je décide d’aller faire un tour à l’albergue. Ils n’acceptent pas les chiens. Comme je viens de prendre une douche et que j’ai un sandwich, je décide de dormir dans le pré avec mes compagnes. Demain soir, nous serons à Roncesvalles!

 20 Avril, Larrasoane – Roncesvalles

Temps de merde! Il se met à pleuvoir à 1h du matin, la bâche ne suffit plus et les affaires prennent l’eau. A 4h, je n’arrive plus à dormir, mon sac de couchage est trempé, c’est horriblement désagréable! Il fait froid. Cette fois je n’y tiens plus, je vais chercher Sarah, l’harnache et nous partons. Il est 5h15. Lampe frontale allumée, nous caminons prudemment. Je parle à Sarah pour la rassurer mais elle me suit sans broncher, pas même étonnée de prendre la route en pleine nuit… Je crois qu’elle me connait juste trop bien pour s’en émouvoir! Oui mais voilà, l’obscurité complique les choses et par 2 fois nous prenons une mauvaise direction. Le lever du soleil est bienvenue. Je savais que ça allait être une rude étape, elle se révèle harassante! Nous caminons maintenant sur la roche coupante, la boue rendant le tout parfaitement impraticable! Je suis persuadée que Sarah rit intérieurement de mes grands écarts! Je lui recommande d’être prudente, mais c’est moi qui m’étale bientôt! Nous croisons plusieurs pèlerins allant en sens inverse, pas plus à l’aise que nous pour cheminer. Les larmes aux yeux (enfin, moi en tout cas), nous passons le panneau “Roncesvalles”. Les affaires étant trempées, je décide de passer la nuit au refuge pour pèlerins, Sarah disposant d’une vaste étendue juste en face.

Quel cauchemard! Je vois bientôt un bus débarquer, amenant une cinquantaine de pèlerins à leur première étape de pèlerinage. Ils s’engouffrent dans le refuge, s’installe, grouillent autour de moi. Évidemment, Sarah et Chinook ne sont pas passé inaperçues, et un flot de questions s’abat sur moi. C’est ton premier jour? Non, alors, le voyage était bien? T’as aimé? C’est tes parents qui font l’intendance? Leurs questions me font tourner la tête. Je me sens mal. Comment répondre à ces questions? Le camino n’est ni “bien” ni “pas bien”, le camino est riche, intense, profond, il faut l’apprivoiser et l’apprendre, il faut en tirer des leçons, l’écouter… Mais comment leur dire cela? Et non, je n’ai pas passé toutes mes nuits en hôtel avec repas au resto, non, Sarah ne va pas tomber malade parce qu’elle dort sous la pluie! D’ailleurs, une folle envie de la rejoindre me prend. Je me sens de plus en plus mal alors que j’étends mon sac de couchage à l’intérieur dans l’espoir qu’il sèche. Tous ces gens s’activent autour de moi dans de beaux vêtements de randonnée fraîchement achetés pour l’occasion. Téléphones portables à la main, ils appellent déjà une auberge pour le lendemain soir et s’assurent de savoir si un bus pourra faire navette en cas de mauvais temps. J’ai le sang qui bat aux tempes, ma tête commence à tourner, ça va mal. Je sors, pieds nus, et cours jusqu’au pré de Sarah, Chinook sur les talons. Je retrouve Sarah, reste un moment en sa compagnie puis pars marcher avec Chinook. Je ne suis toujours pas prête à affronter cette marée grouillante. Je m’installe dehors pour prendre quelques notes dans mon carnet de voyage et joue un moment avec petit chien. La nuit tombe, je me résoud à rentrer, évite le plus possible tout contact et saute sur mon lit avec quand même un sourire. Le confort d’un lit et le fait d’être au sec! Si seulement la pluie pouvait nous oublier!…

21 Avril, Roncesvalles – St Jean Pied de PortCap sur les Pyrénées! La seule perspective d’être bientôt dans les bras de mes chères timides me donne du baume au coeur. Je vais chercher Sarah et prend le temps de la panser, de nous préparer tranquillement. La météo m’inquiète un peu. Le temps est très sombre, interdisant toute percée du soleil, et le brouillard arrive. N’ayant pu passer par la montagne à l’aller, je tiens à prendre notre revanche aujourd’hui, mais les conditions ne semblent pas idéales… Pourtant, la montagne m’appelle. Si je veux qu’elle me délivre son message, il faudra bien l’atteindre! En route! Très vite, nous voilà face à une pente raide, trop raide. Nous nous y attelons avec force, ma licorne se débrouillant toujours mieux que moi. Ca monte. De plus en plus, et c’est de plus en plus compliqué. Le chemin devient étroit, le brouillard vient cette fois à notre rencontre, épais, il nous enveloppe. De la neige! Continuons. 20 minutes passent, nous ne cessons de monter. Nous avons maintenant de la neige jusqu’aux chevilles (ou boulet). Je ne vois plus où je vais, Chinook n’a qu’à passer en tête pour disparaître derrière un manteau de brouillard. En me retournant, je ne vois plus la croupe de Sarah, elle aussi engloutie, invisible. Plus nous montons, plus le vent souffle. Tout à coup, les éléments se déchainent. Je dois fermer les yeux. Nous sommes trempées à cause du brouillard qui nous coupe toute visibilité et le vent siffle comme dans un film d’horreur. Je ne vois plus rien. Tout autour de nous est d’un blanc uniforme, plus de chemin, nous nous enfonçons dans la neige. Je n’en mène pas large. Plus envie de rire. Pas question de défier Dame Montagne, je ne sais que trop bien qui gagnerait! Je m’arrête et explique aux filles que j’ai besoin d’une minute de réflexion. Ce serait trop dangereux d’avancer ainsi à l’aveuglette, mais pas moyen non plus de faire demi-tour. Je sors la boussole, histoire d’avoir au moins une idée de la direction à prendre. J’avance de quelques mètres et aperçois une balise du Gr, pourtant immense, mais quasi invisible dans ces conditions. Pas à pas, lentement, nous prenons le chemin entièrement recouvert de neige. Le vent souffle toujours autant, mais une clôture nous aide bientôt à repérer le camino. Nous n’avons qu’à la longer pour suivre les balises. L’angoisse redescend doucement, nous entamons bientôt la descente, mes pensées peuvent vagabonder quelque peu. Moi qui nous voyais déjà faire une pause au soleil, sur les alpages, entourées des troupeaux venus paître dans la montagne pour l’été… Je pars en auto-dérision, songeant qu’il faudra remettre cette pause idyllique à un autre jour! Tout à coup, je sursaute et mon coeur s’emballe. Devant nous, à 1m, se dresse une immense masse noire. Nous stoppons d’un même mouvement, naseaux dilatés, oreilles en avant (si si!)! Je mets quelques secondes à réaliser que c’est un cheval, immobile. Nous nous observons en silence puis je lui parle, lui dis pourquoi nous sommes là, lui présente Sarah. Je fais choux blanc car le cheval se révèle en fait être une jument, qui nous regarde nous éloigner avec une parfaite indifférence. J’en aperçois d’autres autour, mais cette fois, je sais au moins qu’il ne sagit pas du Yeti! Deuxième peur quand c’est une troupe de pèlerins qui surgit de nulle-part. Ravie, je constate que je ne suis pas la seule à faire les frais du brouillard. Nous rions. D’après eux, notre petite caravane vient de franchir la frontière franco-espagnol. Cette nouvelle me cueille à froid. Pour moi, nous sommes dans les Pyrénées, c’est tout ce qui importe. Et le fait que tout le monde autour de moi parle français ne me va pas du tout. J’ai déjà eu ce sentiment en rentrant d’Irlande. Le cerveau reconnait sa langue et travaille sans y être invité. Ca m’insupporte, je voudrais être transparente. Pour l’heure, je n’ai pas ce problème car nous sommes à nouveau seules dans la montagne. Nous passons la célèbre fontaine de Rolland; confirmation, nous sommes en France. 1h après, le brouillard se dissipe suffisamment pour me laisser entrevoir St Jean Pied de Port, en contrebas, et le paysage alentour. C’est précisément le moment que choisissent mes douces timides pour me livrer leur message. Nous nous arrêtons pour observer les alentours, et un sentiment intense s’empare de moi, monte de la Terre pour se répandre dans chaque parcelle de mon corps. Je ressens alors l’attachement à la Terre, elle m’envahit, m’entoure, me parle. Je suis fille de la Terre, et en cet instant, nous communions. Je perçois tout l’amour que j’ai pour elle et ce qui s’installe entre elle et moi n’a pas de mots. Je fond en elle, savoure. Nous nous étreignons à travers cet échange, je sais que désormais, nous serons liées pour toujours, qu’elle suivra chacun de mes pas et qu’elle sera bientôt mon unique foyer. Cette sensation m’appaise et me rassure. Doucement, nous reprenons notre route. Quelques pèlerins nous lancent “bonjour”, j’ai envie de pleurer. J’enlace Sarah et laisse aller mon trop plein de sentiments.

 2 jours de repos bien mérités! Au gîte d’Honton, Sarah retrouve son pré avec vue imprenable, Chinook son copain Pintio, et je me mets en devoir de donner un petit coup de neuf au matériel. La machine à laver turbine (grande invention tout de même!), tandis que je nettoie ma selle à l’aide d’un savon glycériné. Quand tout est fait, je vais chercher de quoi nourrir ma licorne. Après ça, repos de la caravane!

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Compostelle 2009 – Espagne – Partie 3

5 Mars, Itero de la Vega – Carrion de los Condes

Nous sommes parties ce matin d´Itero de la Vega sous la neige et une tempete de vent savament conbines!! Je n’y vois pas à plus de 2m devant moi et les flocons tombent en rafale! Bref, gelee et transformees en yeti, nous voila a lutter contre Zephir et Eole jusqu´a Carrion ou tout le monde hausse les epaules quand je demande si il y a une ferme ou un lieu pour Sarah… Toujours dans la tempete et en desespoir de cause, je decide de planter la tente dans le parc a la sortie du pueblo. Il fait un froid polaire et j´enfile donc tous les vetements que j´ai tandis que la neige s´amoncele sur la tente… Il est 19h quand j´entends “Hola”, sursaute, et ouvre la tente pour decouvrir un policier (jeune, tres mignon et aussi géné que moi), mais il m´explique que je ne peux pas rester la… Bref, sans trop de choix, je demonte tout, regarde Sarah d´un air desole, la charge en vrac car la tente est à moitiée gelée et toute enneigée, puis decide de pousser un peu plus loin a la recherche d´un coin tranquille malgre la neige et le peu d´herbe! La dessus, un type arrive, m´attrape le bras et m´explique mechament que je n´ai rien a faire dans le parc, qu´il existe des albergues et que la police aurait tres bien pu embarquer mon chien et cheval pour la peine, que je ne suis qu’une gitane, etc! Mon espagnol me permet de lui repliquer (entre la colere et les larmes), que j´ai passe des heures a chercher un endroit pour ma jument sans resultat, que je suis une pelerine, seule, et que ca na m´amuse absolument pas de passer la nuit par -3 dans la tente en bouffant une boite de conserve de haricots froids !! Puis je pars… 10 minutes apres, ce meme gars revient pour s´excuser tout penaud, me dit qu´il a telephone a un ami qui a des chevaux et peut accueillir Sarah pour la nuit, que ce (tres) charmant policier m´attend pour me conduire a l´auberge et qu´il viendra meme me rechercher demain matin!! Entre la honte, la colere, le desarroi et enfin le soulagement, me voila a 20h a

l´auberge tenue par des bonnes soeurs… Quelle journee!!

6 Mars, Carrion de los Condes – Ledigos

Charmante soirée avec Eric, emmitoufflés dans les couettes d’une albergue sans chauffage et glaciale, mais nous conjurons le sort en faisant mijoter une soupe. Eric fait place à ses talents de psychologue-déchiffreur et passe une partie du repas à décoder ma petite vie bien remplie, et chacune de ses conclusions fait mouche! Belle rencontre, j’aime être en sa compagnie.

 7 Mars, Ledigos – Bercianos

Nous avons eut la joie grandiose ce matin de faire et refaire en sens inverse 5kms grâce à Chinook qui nous ayant perdu de vue a eut (la bonne) idée de retourner à l’albergue où nous avions dormis la veille… Quand des marcheurs m’affirment l’avoir vu à Ledigos, je n’ai d’autre choix que de motiver Sarah à faire demi-tour… Maudit chien! Et tout à coup un sentiment étrange me transperce. Je suis las, morose, et si tout ça n’étais qu’une monumentale erreur? Qu’ai-je à chercher ou trouver ici sur le camino? Est-ce réellement un grand pas sur mon chemin de vie ou vais-je y perdre mon temps et mon énergie. Soudain, je réalise que je suis à deux doigts de rebrousser chemin pour de bon, on récupère Chinook et direction la France! Une bataille amère se déchaîne dans mon coeur et mon esprit, mais qui suis-je? Où vais-je? Pourquoi? Mais quelque part, enfouie sous le tumulte se met à chanter une toute petite voix qui m’appelle à être qui je suis… Nomade… Alors Ultreia, Santiago nous attend!

 Nous repartons donc vers nous-même et surement plus encore, j’ai froid mais une chaleur nouvelle vient bercer mon âme qui a enfin choisie sa place…

 L’auberge censée nous accueillir est fermée, heureusement que tout autour je trouve assez d’herbe pour Sarah et de quoi planter la tente à l’abris du vent qui se déchaîne! Le temps de cette courte installation, quelques habitants me livrent à un interrogatoire auquel je me prête volontiers, surtout qu’une joyeuse bande d’enfants nous tient compagnie et observent Sarah avec de grands yeux.

 Encore une soirée seule dans la tente, à essayer de lutter contre le froid et le découragement, mais j’ai choisi cette vie et ce chemin, et je sais à présent que j’irai jusqu’au bout!

 8 Mars, Bercianos – Mansilla de las Mulas

Bonne surprise ce soir en arrivant à l’albergue où je découvre que Sarah a un grand pré avec abris et foin! Le proprio de l’albergue doit cependant m’accompagner pour une raison qui m’échappe… En le voyant arriver avec une immense tenaille et un marteau, je me demande où il veut en venir, et c’est finalement sa fille, qui parle couramment anglais qui m’explique : Le maire qui a les clefs du pré n’est pas là, il faut donc défoncer l’énorme cadenas qui ferme l’enclos! Bon, je préfère ça! Deuxième surprise en poussant la porte de l’albergue : Eric me grattifie d’un immense sourire; même le soleil est de la partie!

9 Mars, Mansilla de las Mulas – Villar de Mazariffe (1001kms)

Après une courte chevauchée, nous arrivons au sommet d’une colline aride qui surplombe l’immense ville de Leon. Je balaie des yeux cet espace urbain qui annonce une matinée périlleuse. Je ne m’étais pas trompée! Nous nous engageons sans entrain dans la ville où grouille une population croissante et agitée. Et pas facil d’y repérer les balises! Les coquilles saint-Jacques indiquant la direction sont en fait des moulages de plâtres incrustés dans le sol. Soit, en avant! Tout à coup, Sarah s’arrête brutalement. Je me retourne et constate… que son tapis de selle vient de glisser à terre, alors que la selle est correctement sanglée et que le paquetage est en place! ??? Je vérifie, re-vérifie et éclate de rire, c’est tout à fait improbable et inexpliquable, je mets donc ça sur le compte… de mon petit diablotin, une sorte de petit monstre qui me (nous) suis et se manifeste de temps à autre avec facétie, histoire de pimenté notre quotidient déjà bien chargé!… Je remet tout ça en place, et nous repartons.

 1001 kms, félicitations à notre petite caravanne! Après une grosse étape de 40kms et la galère de Léon, avec 2 quadrupèdes dont un de 400kgs, nous voilà au calme dans l’abergue très originale de Villar de Mazariffe, où un bateau trône dans le jardin! Ambiance sympa, on s’offre de l’avoine et des lasagnes (je vous laisse déduire qui a mangé quoi) pour fêter nos 1000 premiers kms sur le camino!

10 Mars, Villar de Mazariffe – Murias de Rechivaldo (1035kms)

Ce soir, une toute petite albergue perdue au milieu de rien nous accueillera toutes les 3; les rares pélerins actuellement sur le camino préférant le confort de la nouvelle albergue qui vient juste d’ouvrir. Tant mieux pour nous! Sarah a le jardin pour elle toute seule et moi je savoure le calme qui nous entoure, seulement troublé par les claquements de becs des cigognes!

11 Mars, Murias de Rechivaldo – Rabanal (1052kms)

Petite journée aujourd’hui avec une bonne pause au soleil à midi. J’en profite pour lire “Bête et méchant”, livre offert par mon ange de Burgos, et une forte envie d’écrire me tiraille!

Ce soir, j’installe Sarah au mini ranch de Rabanal, et force est de constater encore une fois qu’ici, la culture du cheval n’est pas encore encrée dans les moeurs… Je trouve quand même du grain pour ma licorne et espère qu’elle apprécie la compagnie de ses congénères.

 12 Mars, Rabanal – Molinaseca (1078kms)

Quelle journée! Après Foncebadon, nous voilà à escalader la montagne, et très vite, nous marchons dans la neige! Je suis toujours heureuse de retrouver ma muse blanche, mais sur la roche saillante, elle entrave dangeureusement notre progression. Le soleil tape pourtant très fort, ce qui me vaudra un beau coup de soleil (on a toujours besoin d’une maman pour veiller sur soit…)! Nous passons la cruz de Hierro où un homme vêtu en corsaire insiste pour m’escorter et me protéger contre une bande de chiens soit disant sauvages. Je me laisse faire et reste en selle, moins rassurée par son intervention que par la dite menace. Mon chevalier servant prend finalement congé une fois le danger invisible ( mais aux aboiements bruyants) écarté. Nous entamons alors la descente de la montagne. J’ai peur que Sarah ne se blesse. Le chemin est casi inexistant, il faut alors marcher sur la roche aux arrêtes tranchantes, toujours en suivant les fameuses flêches jaunes. Finalement, ma licorne s’en sort à merveille! J’ai une méchante crampe au bras à force de la soutenir et c’est moi qui tombe plusieurs fois, mais nous voilà sorties d’affaire! Le paysage est magnifique, je dirais même que cette étape restera l’une des plus belles du camino. Mes pensées vagabondent… Je revis quelques épisodes de ma vie, entrevois des projets, songe à ce que je souhaite réaliser prochainement…

A midi, je tombe amoureuse du pueblo “El Acebo”, petit village de pierres et de bois isolé dans a montagne…

 En traversant Molinaseca, j’entends une voix m’interpeller : “he, le pelerin à cheval”! Je me retourne et fais la rencontre de Jean, un provincial qui habitait autrefois non loin de l’endroit où je suis née. D’après lui, il savait déjà que j’étais française car un pélerin accompagné d’un cheval est frocément français! En un clin d’oeil, je suis invitée dans son hôtel (si si, une vrai chambre avec douche, serviette blanche et petit savon! même Chinook partage ce luxe!), et Sarah peut profiter d’un magnifique pré clôturé où regorge l’herbe! Moi qui pensais camper ce soir… Nous remettons donc à demain notre jeu de l’OPLT (Où Planter La Tente?), d’autant que notre prochaine étape reste flou en ce qui concerne le bivouac… Mais Carpe Diem!

 13 Mars, Molinaseca – Villafranca (1110kms)

Quelle chaleur! Le thermomètre a beau indiquer 26 °C, j’ai l’impression qu’il en fait 35! Nous caminons au soleil, nos pas écrasant la poussière. Peu après le pueblo de Cacabelos, je reprend l’OPLT, le temps invitant grandement au camping! Mais voilà, nous trouvons soit de l’eau, soit de l’herbe, mais jamais les 2 dans un endroit assez grand pour accueillir un cheval et une tente! Sarah a chaud et je la sens poussive, ça ne lui ressemble pas! Je crois qu’elle en a marre de cette étape cuisante, moi aussi! Nous nous arrêtons finalement chez Avé Felix à Villafranca, village magnifique dans un décors de rêve! J’y rencontre Luis, sourire charmant avec qui je construis un enclos à Sarah pour une bonne nuit en altitude. Une fois ma licorne installée, je décide de profiter d’un peu de répis pour visiter le village et les alentours. Bâti sur la roche, en montagne, le lieu est magnifique et tout y semble paisible. Vive ces instants bénis que nous offre le camino!

14 Mars, Villafranca – Quelque part dans la montagne… (1140kms)

Après plusieurs kms de plat à longer la route, nous replongeons vite dans la montagne… Qu’il faut escalader! La pente est incroyablement raide, et le soleil brille toujours autant! Je profite au maximum des fontaines pour arroser Sarah qui sèche immédiatement. Nous atteignons finalement le sommet, épuisées, où je rencontre un ancien cavalier qui nous donne le champ libre pour l’OPLT, puisque dit-il, tous les champs des alentours sont à lui! Et tout ça avec le sourire! Nous nous arrêtons donc dans un pré à 1000m d’altitude, avec une vue extraordinaire sur les montagnes environnantes… Et rien que nous trois!! Je fais fondre de la neige pour faire cuire mes pattes au sucre (mon nouveau “plat du randonneur”), pas chèr et ça tient au corps! Il faudra plusieurs mois pour que j’avoue que oui, des pâtes juste gonflées à l’eau froide et toutes molles, c’est vraiment infâme! Pour l’heure, je les trouve délicieuses, ou en tout cas la situation les rend parfaitement mangeables! Seule ombre au tableau, Chinook a du mal a digérer le pâté et vomit dans la tente, diminuant quelque peu notre confort!

15 Mars, In the mountains – Un pré après Triacastela (1166kms)

Quelle vue ce matin en sortant de la tente! Et de se réveiller pour voir le soleil se lever!

Journée magnifique, nous cheminons à travers la “montagnette” et je laisse Sarah marcher en tête tandis que je guette les flèches jaunes derrière, bâton de berger (celui en bois, dommage…) à la main. Nous nous arrêtons ce soir dans un pré que l’on atteind qu’après avoir traverser un ruisseau! Parfait, il y a de l’herbe et je peux faire la lessive, exploits de Chinook obligent!

Un vers de Rimbaud me vient en tête : “J’allais sous le ciel muse, et j’étais ton féal”.

16 Mars, Le pré – Barbadelos (1191kms)

Journée agréable, chemins sympas et sans pierres! Je n’ai plus de sac à dos, il a décidé de rendre l’âme hier… Plus de coquille Saint Jacques non plus, elle s’est brisé en deux au bivouac… Un signe? La fataliste que je suis le pense en tous cas…

Nous retrouvons Eric au hasard des rues de Sarria (il avait prit une variante du camino, nous l’autre). Nous cheminons donc ensemble jusqu’à la fin de l’étape : L’albergue de Barbadelos. La femme qui m’accueille me fait remarquer qu’il manque les sellos des 2 derniers jours sur ma crédential et m’en demande l’explication. Je la lui donne : J’ai dormis au milieu de rien avec ma jument et mon chien! Elle insiste, comme quoi ça pourrait poser problème à Santiago pour obtenir ma Compostella… Après 2000kms sur le camino, manquerait plus que ça! Finalement, elle abandonne la partie. Bon, demain grosse étape, et il faut faire les courses!

 17 Mars, Barbadelos – Eirexe

A 7h, nous partons avec le soleil! En même tout que nous s’élance sur le camino mais en sens inverse Andreas, allemand, et son chien Galaxo, un groenlandal. En route donc pour une grosse journée, avec le soleil… Nous faisons une première pause à 11h, puis repartons, Sarah marchant en tête; je crois qu’elle s’emmerde vraiment à marcher derrière. Vers 14h, seconde pause pour échapper au soleil, et Chinook se décide à remanger, après plusieurs jours de jeûn. Après une douche aux fontaines de Ligonde, je décide de faire étape à Eirexe, grosse étape, et quel paysage! Tout ce que nous avons traverser jusqu’ici ne vaut en rien la verte Galice! Je viens de rencontrer trois jeunes Tchèques avec qui je partage la soirée, avec pour principal thème de conversation : le voyage, qui berce nos vies! On se retrouvera demain soir à Melide!

 18 Mars, Eirexe – Palas del Rei

Non, on ne se retrouvera pas à Melide! Ce matin, départ à 8h, mais Sarah est très raide. Je voudrais mettre ça sur le compte d’une mauvaise nuit, mais j’ai une boule dans le ventre. Nous avançons très doucement, elle devant, et je la trouve de plus en plus souple. J’avance à sa hauteur et mon coeur se serre : elle saigne du nez! Peu, mais ce n’est jamais bon signe! Elle ne va pas bien, il faut s’arrêter! Ca tombe bien, 1km avant Palas del Rei, une grande aire de repos nous ouvre les bras en pleine campagne et nous offre espace, herbe, et même de l’ombre. Me voilà rassurée. Mais je n’ai pas le temps de dessangler Sarah qu’elle se couche en tombant à moitié. Je la force à se relever, la desselle, elle retombe. J’ai peur! Je courre jusqu’à l’albergue à 200m de là et demande qu’on appelle un vétérinaire d’urgence. Puis je recourre dans l’autre sens. Sarah ne bouge plus du tout, ne réagit à rien. L’angoisse monte.

11h – Le véto arrive rapidement mais ne prend même pas le temps de jetter un oeil à Sarah, annonçant immédiatement son diagnostic : coliques. Trop sous le choc, je n’ai pas la présence d’esprit de lui faire remarquer qu’elle ne présente aucun signe de coliques. Elle ne transpire pas, ne cherche pas à se rouler… Je cherche mes mots en espagnol pour lui expliquer tout ça mais trop tard, le véto repart déjà après lui avoir fait une injection contre les coliques. Je me console en me disant qu’après tout, si quelque-chose cloche à l’intérieur, cette piqûre va au moins aider à débloquer… Peu de temps après, elle se relève, ses jambes tremblent, son arrière train est cambré. Elle s’affale à nouveau. J’y avais cru…

12h30 – Toujours pareil. Elle se lève 3 minutes, tremble, se reccouche, boit un peu, elle souffre.

14h30 – Amélioration? Pas vraiment… Elle ne tremble presque plus lorsqu’elle se lève mais se reccouche très vite. Elle est faible.

15h – Pareil. Je la fait boire régulièrement, lui remet ma serviette de toilette mouillée sur la tête pour la protéger des mouches et de la chaleur, et veille, attend, couchée à ses côtés…

18h – Toujours couchée, semble moins souffrir, je la trouve plus calme. Elle se lève même un peu! Une femme vient alors à ma rencontre, Eilenn, Islandaise, qui transporte toujours avec elle une trousse d’homéopathie complète. Elle m’apprend qu’elle a suivit des cours d’homéopathie et de vétérinariat et me propose un remède pour Sarah. Très partisante de ce mode de traitement, j’accepte, pleine d’espoir. L’idée d’une grosse fourbure m’étant venue en tête, j’ai l’estomac noué depuis ce matin. Il faut dire qu’à la suite d’une grossière erreur, ma licorne s’est enfilé plusieurs bols de blé hier soir, grain que l’on sait hautement toxique pour les chevaux! Eilenn me donne les granules. Sarah se relève, elle urine. C’est pas limpide mais je suis quand même soulagée, au moins rien n’est bouché à l’intérieur!

19h – Quelques gouttes jaunes verdâtres s’écoulent des naseaux (?), rien de plus, attendre…

Eilenn m’invite à partager un repas avec elle, auquel se joignent Mathias (nous avons le même âge), et Charles. Ce dernier à choisit de caminer sans argent, faisant alors appelle aux personnes rencontrées tout au long du chemin. J’admire son courage et nous parlons jusqu’à une heure avancée de la nuit. Je l’invite finalement à partager ma tente, et nous passons plusieurs heures à parler de notre façon de voyager et à chanter des chansons de Brel.

 19 Mars, Palas del Rei

Sarah va mieux. J’ai passé la nuit à la veiller, mais ce matin je la trouve debout en train de brouter. Après 2 crottins, je suis soulagée. Je passe donc la journée à parler avec Charles tout en la veillent. Nous sommes particulièrement bien installées. Avec du fil de clôture que j’ai récupérer sur le chemin, la longue corde de Sarah et mes tendeurs, je fabrique un petit paddock en me servant des arbres comme piquets. Ainsi, Sarah est libre, et les nombreux arbres me permettent de déplacer régulièrement l’enclos. J’ai découvert en plus sur le terrain une fontaine, et la tente est installée à côté d’un barbecue en pierre. Nous profitons d’ailleurs de ce dernier pour boire quelque chose de chaud. Charles m’apprendra beaucoup en peu de temps et j’aime le partage qui se créée entre nous. Finalement, à 19h, il décide de repartir, cap sur Santiago, à 65kms de là. Nous revoilà seules, je me sens seule. Et la solitude me pousse à réfléchir sur les derniers événements. J’en ai mal au bide! Sarah se retrouve dans cet état par ma faute ! A la suite des efforts qu’elle a fournie, cumulés au blé ingéré. Je la sais incapable de s’arrêter, il y a quelques années, même avec une entorse elle galopait! Telle un enfant, elle ne sait pas se gérer et doser son travail, c’est donc à moi de le faire, je le sais. Alors comment ai-je pu cette fois-ci ne pas déceler un petit signe de fatigue ou réduire de moi-même les kms parcourus chaque jour?! Et ce blé…Je suis coupable et ça me ronge. Je le dis à Sarah, lui parle, lui demande pardon, réfléchis encore sur cette leçon de vie.

 20 Mars, Palas del Rei

 Joyeux anniversaire maman! Je regrette à cet instant d’être si loin de ma famille et si seule. Sarah est plus éveillée, elle vient même fouiller dans les sacs, oreilles en avant! Ce matin, un pélerin m’a donné 20euros, pour nous “soutenir”. Merci à lui! Je croise aussi Bonnie, pélerin avec qui j’avais déjà beaucoup partagé, il prévoit d’arriver à Santiago le 23. Moi, je voulais y arriver aujourd’hui, pour l’anniversaire de maman… Et Charles, est-il déjà au pied de la cathédrale?

Je passe la journée avec Chinook qui a trouvé un copain, un adorable berger blanc du nom de Blas, et Sarah a qui je donne un bain de pied tout en lui massant les tendons.

J’ai “emprunté” 2 seaux au stade voisin. J’attache donc Sarah près de la fontaine, et entend quelqu’un m’apeller. Je me retourne et vois… Franz! Mon Franz! Mon coeur a fait un bond et j’ai courru vers lui. Agé d’une soixantaine d’années, nous avons déjà partagé ensemble plusieurs soirées sur le camino. Il était très impressionné par ce que je faisais, et inversement! Sa présence est un cadeau que je reçois avec joie. Il m’invite au resto (à 300m de là), et je passe une soirée merveilleuse tout en guettant ma licorne. Notre projet commun d’aller jusqu’à Jérusalèm nous rattrape, nous échangeons nos adresses.

 21 Mars, Palas del Rei

Ce matin, je laisse Sarah une heure pour profiter de l’ordinateur du restaurant. Claude… J’ai reçu grâce à toi un océan de chaleur, de joie, de larmes aussi! Ton mail m’a ému au plus profond de moi et j’aime l’intensité de nos échanges où se mêlent compréhension, soutien, bonheur et tendresse. Je sais que même à distance tu es avec nous et nous aide, pense à nous. Merci 1000 fois pour les mots que tu as su trouver et qui m’ont fait tant de bien!

Je me sens à nouveau seule… J’ai eu ma petite famille 2min au téléphone, mais comment leur décrire ce que j’ai dans le coeur? Je raccroche en assurant que oui, Sarah va mieux, moi aussi je vais bien. Puis j’éclate en sanglots. Non, ça ne va pas du tout! Je n’ai toujours pas accepté la leçon de vie que vient de me donner Sarah, je doute, j’ai honte, et surtout, surtout, un gouffre de tendresse éclate en moi. Un besoin énorme et criant d’attention, d’affection, qu’il semble difficile à combler. Je réfléchis alors encore aux enseignements du camino : Mon impatience, mes demandes trop pressantes à la vie m’ont menées droit dans le mur! Je sais que j’ai encore beaucoup à apprendre de la vie et voudrais tourner les pages du grand livre trop vite! Quand je posais des questions à Eric, il ne cessait de sourire avant de répondre que ça viendrait avec le temps… Mais j’ai encore du mal à l’accepter! Je sais que le chemin est long et plein d’obstacles, mais ça ne m’effraie pas, j’ai déjà gravit la première marche, maintenant on ne m’arrêtera plus!

Toujours ces quelques gouttes jaunes qui s’écoulent des naseaux et m’inquiètent! Je découvre finalement le même cas sur l’unique cheval des voisins et découvre l’explication : Ce n’est dû qu’au pollen environnant. Ouf!

22Mars, Palas del Rei – Meixide

Quelle journée! Par où commencer? Vers 15h, une sorte de force intérieur, une voix, un pressentiment (je n’ai toujours pas trouvé le mot juste) m’a poussé à prendre la route. Chose absurde vu l’heure déjà avancée, et je n’avais prévu de repartir que le lendemain. Mais rien à faire, cette force ne se laisse pas faire, et à moitié consciente de mes gestes, me voilà en train de panser, seller Sarah, et nous revoilà sur le camino! Nous avançons à 2kms/h et j’observe constamment Sarah en me posant cette légitime question : Pourquoi? Pourquoi reprendre la route comme ça, maintenant? Mais la petite voix si présente tout à l’heure ne daigne pas s’expliquer. Soit, allons-y! Après 4kms, alors que le camino tourne vers la droite, j’entraîne notre petite caravanne sur la gauche (pourquoi?), et stoppe devant une ferme. Habituellement, la multitude de personne m’aurait fait tourné les talons, mais pas cette fois. Etrange; c’est presque une autre personne qui agit et frappe à la porte. Un homme nous ouvre et je sursaute soudain en réalisant que je viens bel et bien de frapper ici. En quelques mots je lui explique notre situation. Nous sommes sur la route de Compostelle, et ma jument étant malade, je cherche un endroit où passer la nuit. Cette fois, je suis bien consciente, la « force » est partie, me laissant dans une situation qu’elle seule a provoqué, merci! Là, tout s’enchaîne. L’homme ne peut rien nous offrir, mais son voisin (qui justement est là), avait des chevaux et possède donc plusieurs prés qu’il met à notre disposition, ainsi que sa maison, du grain pour Sarah, un sac de croquettes… Un ange sur notre chemin! Je commence à remercier la force qui m’a conduite jusqu’ici, même si je ne trouve toujours pas d’explication. Malgré mes lacunes en espagnol, nous parlons un peu, et il (Lukas) me dit caminer beaucoup avec son chien, en Espagne et à l’étranger. Je passe la soirée avec la famille de l’homme qui m’a ouvert en premier, Lukas devant travailler. Famille typique et chaleureuse. J’intrigue beaucoup. A la nuit tombée, je m’allonge dans le pré avec Sarah et observe les étoiles. Je m’endors avec le sourire : Dans 3 jours, nous serons à Santiago!

23kms, Meixide – Rivadiso

Nous revoilà en force sur le camino! Pourtant, quelque chose de nouveau a explosé en moi! Je suis tout autre. Je ne calcule plus le nombre de kms à faire, ma montre est au fond des sacoches, la seule chose qui m’importe est de vivre au rythme du camino. Sensation difficile à décrire avec des mots tant elle est intense, et je ne trouve pas tout de suite son nom pourtant si évident : Liberté! C’est ça, je suis libre! Plus d’heure, de calcul de progression, juste un immense bonheur de caminer au jour le jour sans pour autre but que de recevoir les enseignement du camino.

Ce soir, Charles, sur le retour, nous retrouve et nous partageons un repas de fêtes (saucisses cuites au vinaigre, on avait que ça, et une bouteille de cidre!). Il m’apprend à danser la Salsa, puis nos chemins se re-séparent…

 24kms, Rivadiso – Santa Irene

Confortablement installée au soleil dans un pré du village de “Calle”, je profite de notre pause lunch, pour tenter de retranscrir sur papier la sensation qui explose en moi, encore plus intense qu’hier! Pour la première fois, je ressens cette Liberté, la vrai, la pure, celle tant recherchée par des milliers de gens, et finalement… Je la trouve très difficile à recevoir! J’ai définitivement écarté de ma vie toute entrave de temps et distance, peu importe l’heure à laquelle on part et arrive, le rythme que l’on adopte… Nous repartons à travers les forêts d’eucalyptus, et je réalise tout ce que cette Liberté implique. Moi qui croyais avoir déjà tiré pas mal de leçons du camino jusqu’ici, je prend conscience que ce n’était qu’une infime portion de chemin que j’ai parcourus. Aujourd’hui seulement je suis prête à comprendre et vivre le camino comme je croyais déjà le faire. Claude avait raison, Sarah m’a offert la plus belle chose qu’elle pouvait : la Liberté!! Au détriment de sa santé et ça me pèse, mais à présent je comprend mieux, je vois le carcan dans lequel, malgré ce que je pensais, j’étais prisonnière! Et cette liberté représente tellement, elle est tellement intense et présente en moi… qu’elle me laisse muette! Mais au sens propre! Incapable pendant 48h de prononcer un mot tant cette Liberté accapare chaque parcelle de mon corps et mon esprit! Situation nouvelle, incroyable, et je le répète, pas si facile à assumer!

 Ce soir, nous nous arrêtons dans une ferme abandonnée à une vingtaine de kms de Santiago où Sarah a de l’herbe jusqu’aux genoux! Je découvre même un véritable puits, et Chinook et moi disposons d’une petite arche devant la grange qui pourra nous abriter. J’étale la bâche par terre, la couverture de Sarah et enfin mon sac de couchage. Le froid m’oblige bientôt à m’y réfugier. Un couple vient alors à ma rencontre. Nous échangeons quelques mots, et la femme me dit qu’elle revient dans une demie heure. Sans comprendre, j’acquiesce et attend. Elle revient alors à la nuit tombée, portant une assiette où trône une immense omelette aux pommes de terre, un demi pain et une bouteille de lait chaud! Je ne sais comment la remercier! Dans nos conditions, cela représente un festin et son geste me fait chaud au coeur! Je déguste le tout dans mon sac de couchage, sous les étoiles. C’est réellement dur à encaisser la liberté mais… C’est si bon! Mes doigts se serrent sur une petite pierre blanche que Lukas m’a offert (pierre qui l’a accompagné dans ses multiples voyages) et qui ne me quitte plus. Demain, après 2 mois de voyage, 1500kms, des galères, des larmes, des fous rires et des rencontres, nous serons à Santiago!

25 Mars Santa Irene – Santiago !!

On l’a fait! Incroyable!! Super journée au milieu des eucalyptus, j’ai retrouvé ma voix, tout va pour le mieux… Jusqu’à ce que Sarah, qui marchait devant, ne fasse un démarrage au grand galop, me laissant seule et complétement désenparrée! Je la vois s’éloigner, partir au loin, mes pensées se bousculent. Je saute alors dans la voiture qui passe à portée et demande au chauffeur de suivre mon cheval. Celui-ci obtempère et s’abstiend de toute question, tant mieux. Je retrouve finalement Sarah en grande conversation avec un beau cheval bai qui frime devant ma licorne. J’avance prudemment vers elle mais elle ne semble pas vouloir repartir, et me lance même un coup d’oeil plein de malice l’air de dire “je t’ai bien eu, hein!”. Mes sentiments sont mitigés, mais puisque tout finit bien, je choisis d’en rire et nous repartons bras dessus sabot dessous, complices jusque dans les conneries.

Incroyable, alors que je comptais m’arrêter quelques kms avant Santiago pour trouver de quoi loger ma licorne, on m’indique un pré à seulement 1,5km de la ville, où le propriétaire, Manuel, m’accueille à bras ouverts. Il n’est pas tard, et je décide donc, après avoir déposé le matériel, d’aller dès ce soir jusqu’à la cathédrale! C’est seulement en croisant la panneau “Santiago” que je réalise doucement que nous y sommes. Santiago, ultime étape de notre pèlerinage, ma licorne m’a emmené jusque là! Mon coeur cogne sous l’excitation quand j’aperçois au détour des rues le clocher de la cathédrale! Nous faisons notre entrée sur la place accompagnée d’une cornemuse et sous les applaudissements d’amis pélerins qui avaient eu vent de notre arrivée. Moment magique, fort en émotion et difficile à décrire avec des mots! J’enlace Sarah, l’embrasse, la remercie de tout ce qu’elle m’a offert, apprit, c’est merveilleux! Nous posons pour les photos, je répond aux questions qui fusent autour de nous; mon dieu, quel moment!!

Sur le retour, j’offre à Sarah 2kg de carottes puis nous repartons doucement vers le calme de notre pré… J’aimerais pouvoir partager cet instant avec les gens que j’aime, mais pour l’heure, cette jouissance, c’est avec ma licorne que je la partage, et je lui chante combien je l’aime.

 26 Mars, Santiago

En quelques jours à Santiago, j’accumule les rencontres. Tout d’abord Didier, cavalier toulousain qui m’invite au resto. Je l’emmène voir Sarah, nous discutons et échangeons nos adresses. Puis, en cherchant une albergue, je rencontre Alberto et son chien Paco, avec qui je passe 2 jours entiers à profiter de notre repos mérité. Alberto me livre une partie de son histoire assez bouleversante, ancien toxico, ancien tolard, le voilà qui me parle de la vie avec rudesse, mais les larmes aux yeux, et si justement! Nous promenons les chiens ensemble, mangeons dans un restaurant 5 étoiles (dîner offert car nous disposons de la Compostella, lettre rendant officiel notre pélerinage jusqu’à Santiago), et mon espagnol s’améliore de façons fulgurantes! Manuel nous invite tous deux à partager un repas typique et nous parle de sa passion pour le Tché, la table se remplit de livres, de reliques et de bières, j’écoute les anecdotes, concentrée pour comprendre, mais un sentiment domine: Je me sens bien!

Je prend le temps de visiter les recoins de la ville, d’assister à la messe des pélerins ( mon dernier acte de pélerin du reste), de prier pour tous ceux qui me l’ont demandé, et de donner des nouvelles…

 

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Compostelle 2009 – Espagne – Partie 2

 21 Février, 27kms Burgette – Larrasoana (534kms)

 Première journée en Espagne…Bercée par mes larmes qui nous accompagneront toute la journée! En effet, rien ne va! Je viens de quitter ma famille, en sachant que l’on ne se reverra pas pendant un an, le chargement ne cesse de glisser, on se perd dans la neige, le portail prévu pour les pélerins est trop étroit pour Sarah, je n’ai pas le moral… Et un niveau d’espagnol très faible! Pourtant, me retrouver dans un pays étranger a habituellement l’effet de me stimuler et de me rendre heureuse! Et après avoir passé un an en Irlande (j’y ai débarqué sans parler anglais), je sais ce que c’est qu’être en Terre inconnue, en langue inconnue! Mais aujourd’hui, je ne cherche même pas à retenir mes larmes! Qu’elles sortent, ça ira mieux après! Enfin, comme intro espagnol, on a fait mieux!

Le soir, on se fait virer à Larrasoana, personne ne nous sourit. Je découvre même que les maison sont entourées d’un jardin parfaitement clôt, munis d’immenses portails fermés à clef! Bref, seul moyen de s’adresse aux gens : Un interphone grésillant. Charmant…

Alors que je décidais de repartir malgré l’heure tardive, nous tombons sur la maison de Javier qui nous propose un pré pour la nuit. Le dit pré ressemble à un paillasson avec en plus des dizaines de chardons, mais il nous est offert avec le sourire… Et une assiette de haricot! Je monte donc la tente et vois mon moral remonter doucement doucement… Demain est un autre jour!

22 Février, 40kms Larrasoana – Eunate (574kms)

Grosse étape. Traversée de Pampelune, qui finalement n’a posé aucun problème contrairement à mes appréhensions; j’y ai même rencontré un Irlandais! Il nous reste à escalader le col “del Pardon” pour saluer les légendaires pélerins de bronze, qui nous accueillent en tremblant sous un vent impressionnant. On redescend, on continue, on se perd en essayant de trouver un refuge qui accueille les chevaux, demi-tour, traversée de champs, redemi-tour sous la chaleur… J’en ai marre, et Sarah aussi! Chinook est la seule à galoper de droite à gauche sans se soucier des kilomètres qu’elle accumule! Enfin (!!), nous voilà à Eunate! Sarah a un peu d’herbe mais doit rester à l’attache, le pré n’étant pas clôturé, et je dois moi-même monter la tente… Malgré cela, je passe une soirée formidable, même si je ne comprends pas tout de ce que racontent les 6 joyeux gai-lurons avec qui je partage la table! L’une des hôtes me chantent une comptine espagnole, je lui chante “petit papa Noel”…

De retour dans la tente, le froid me glace et me transie mais rien n’ébranlera le sourire modulé par cette soirée si chaleureuse!

23 Février, 31kms Eunate – Quelques part dans les bois après Irache (605kms)

Pas de doute, nous sommes en Provence, pas en Espagne! Le chemin sec serpente au milieu des oliviers, épineux, ça sent le thym, le romarin… Ma provence natale! La nostalgie heureusement oublie de pointer son nez, et je rencontre pour la première fois 2 gros sacs à dos portant le nom d’Ane et Bonie avec qui je décide de caminer. Ils veulent s’arrêter à Estella, ça tombe bien, moi aussi! A tout à l’heure donc !….

Et bien non! A Estella, mon guide indiquait un accueil équestre, qui se révèle totalement imaginaire! Zut, mon moral en prend un coup. Bon, on continue! Nous avons une autre chance à Ayegui… Où l’hospitalero me propose une cours bétonnée à l’arrière du refuge pour mes 2 compagnes! Gros sur le coeur. Nous repartons fatiguées, passons Irache et sa célèbre fontaine à vin (pas de chance, je n’aime pas le vin, mais j’apprécie le geste!), et puis rien, rien et rien… Epuisées, nous avons chaud! Plus le choix, c’est cette fôret d’épineux qui nous abritera pour la nuit! L’ennuie est que Sarah n’a pas d’herbe… Mais voilà ma giraffe qui se met en devoir de manger tout ce qu’elle trouve à portée! Rustique, je le savais, mais là… Une flaque d’eau sera notre seule ressource, à consommer donc avec modération!

J’aurais bien aimé partager une soirée avec Anne et Bonnie, mais savoure, malgré les conditions préquaires de notre bivouac, la liberté qu’il nous offre!

 24 Février, 27kms Fôret d’épineux – Torres del Rio (632kms)

Nous caminons à nouveau dans un décore très provencal, et mille parfums me rapellent le Vaucluse, mes vacances chez mes grand-parents, mon enfance… Je ramasse des plantes arômatiques que je garde dans un petit sachet, afin d’améliorer un peu ma cuisine. Profitons de ce que la nature nous donne! J’aperçois au loin le petit village où nous ferons étape : Torres del Rio. Au hasard des rues, je rencontre Maria, la propriétaire qui nous accompagne jusqu’à son refuge où Sarah a un pré. Les clôtures datent certainement d’un temps très ancien et l’abris semble prêt à s’écrouler à tout instant, mais c’est un vrai carré de paradis que l’on nous offre là! Sarah peut se relaxer librement et manger l’herbe dont elle manque depuis 2 jours! Quelle surprise en poussant la porte du refuge! Je retrouve Bonnie et Marc, respectivement espagnol et anglais, avec qui j’avais sympatisé sur la camino. Je retrouve le sourire, rien à voir avec la soirée d’hier! Nous discutons dans un étrange mélange espagnol-anglais-français, fous rires garantis! Deux autres pélerins arrivent et se joignent vite à nous. J’ai alors le droit aux réfléctions habituelles du style : “Bien sûr pour toi c’est facil, tu es toute la journée à cheval, tu ne porte rien, la belle vie quoi!”. Là, je riposte. Premièrement, je ne monte qu’environ deux heures par jours contre 4 à pieds, j’ai moi aussi un sac à dos (qui ne tardera pas à craquer…), sans compter que la moitié du matériel est pour Sarah! Et contrairement aux piétons, mes journées sont faites au rythme de mon cheval, pas au mien! Je me lève pour nourrir Sarah et remplir son sceau d’eau (nourriture qu’il aura fallu trouver sur le chemin, donc demander aux paysans, les dédomager…), je passe au moins une demie-heure au pansage de ma licorne, avec bien sûr vérification des éventuels bobos, etc… Arrivée la pause de midi voilà qu’il faut la desseller, trouver de l’eau (et ce tout au long de la journée, un cheval buvant jusqu’à 50 litres d’eau par jour!). Et c’est reparti, on resselle, re-vérification! Le soir même topo : trouver un endroit pour la nuit, avec grain si possible, sinon herbe suffisament nourrissante, eau, un minimun d’espace pour que ma licorne puisse brouter si elle ne dispose pas d’un endroit clôturé. Si elle est à l’attache, je me leverai toute les 2 heures pour être sûre qu’elle n’est pas emmêlée (et elle l’est souvent!). Sans compter le temps que j’aurais passé au second pansage de la journée, à transporter de l’eau… Et à soigner les pattes de Chinook, à nourrir mon deuxième estomac à pattes… Bref, c’est comme ça que je me retrouve au milieu de nul part, sans douche, eau ni électricité : Pour que ma licorne bien aimée soit installée comme il se doit! Alors maintenant oui, c’est vrai qu’il m’arrive de dépasser des pélerins au trot, et de voir une grimace sur leur visage qui en dit long, mais… Ne m’assomez pas de vos remarques désobligeantes!! En effet, me voyant disparraître plusieurs heures le soir, ma petite troupe s’interroge et finit par admettre qu’un sac à dos est bien plus facil à nourrir et à loger qu’un cheval et un chien!

25 Février, 36kms Torres del Rio – Navarrette (668kms)

 Nous partons tous ensemble, puis très vite chacun adopte son rythme et nous nous éparpillons sur le camino. Brusque retour à la réalité, quand au détour des chemins sauvages nous débarquons dans Logrono. La ville est pleine à craquer, les voitures sont à touche-touche, ça circule, ça claxonne, bref, nous n’avons d’autre choix que d’emprunter le trottoir… Lui aussi bourré de citadins pressés. Des gens se mettent à crier et bondissent sur la chaussée en voyant Sarah, d’autres au contraire veulent à tout pris la toucher, arrivent par derrière et lui posent une main sur la croupe, sortent des appareils photo… L’horreur! Nous devons éviter des poussettes, des chiens tenus en laisse, des enfants pas plus hauts que Chinook, qui leur ferait bien une léchouille sur le visage au risque d’offusquer les mamans. Cauchemard! Nous ne sommes pas à notre place dans cette ville surpeuplée, bruyante, où l’on nous prend pour 3 extra-terrestres en mission sur la planète-dingue. Sarah heureusement se comporte plutôt bien mais l’agitation commence à déteindre sur elle. Pire, elle a horreur d’être tripottée de la sorte par des mains étrangères qui arrivent de partout sans se présenter, et les pavés de la rue n’arrangent rien. Enfin, après 2 très longues heures, nous voilà dans le parc à la sortie de la ville. On souffle, on respire, on salue les canards… Pas de trop près s’il te plaît Chinook!!

Arrivée de notre petite troupe au centre équestre de Navarrette après une longue journée, bercée de chaleur et d’émotions. Et là tout change, Sarah est installée dans un paddock avec nourriture, Chinook se voit offrir de la viande et le propriétaire m’aide à remplacer un fer antérieur de Sarah qui commençait à tinter. Allez les filles, on l’a bien mérité notre soirée au calme!

26 Février, 26kms Navarrette – Une hutte après Azofra… (694kms)

Je hais les guides et leurs informations inutiles ou fausses!! Nous revoilà sans rien pour la nuit, et pas moyen de planter la tente! Autour de nous s’étalent à perte de vue des champs labourés, et un chemin de cailloux : le camino. Peu enthousiaste, j’invite Sarah à continuer notre chemin. Pfff ! Marre de ce paysage! C’est vraiment pas l’idéal pour un cheval! J’ai certainement du râler un peu (beaucoup), et voilà que la chance décide de pointer le bout de son nez : à notre droite se dresse une adorable petite hutte de pierre, derrière laquelle s’étend un carré d’herbe qui sera parfait pour ma licorne!! Seul problème, il n’y a pas d’eau, mais nous n’avons pas les moyens de faire les difficiles… J’installe Sarah qui plonge le nez dans l’herbe avec plaisir et explore mon abris. Circulaire, il est d’une rusticité et d’un charme qui me ravissent! J’y étale la bâche, mon sac de couchage et étale les affaires le long de la paroie. J’avais la naiveté de croire que les murs nous protégeraient un peu du froid… Ca n’a pas été le cas, mais je garde un bon souvenir de cette petite cahutte qui nous aura abrité au milieu de rien.

 27 Février, 40kms La hutte – Belorado (734kms)

J’avais prévu une petite étape : 15kms. Heureusement, Sarah ne le savait pas, elle m’aurait traité de tous les noms après les 40kms qu’on vient d’enchaîner! Je m’explique : Arrivées à Redecilla del Camino, une femme très gentille me dit que oui, bien sûr, je peux rester avec mon chien et mon cheval, pas de problème. Merci madame, montrez-moi donc l’endroit où je peux installer ma licorne… Et c’est là que tout bascule! Elle m’indique une gouttière, le long de la rue et me dit que je peux y attacher Sarah pour la nuit sans soucis, les voitures feront attention de ne pas sans approcher trop près! Pardon??!! Dégoûtée, je m’éloigne au plus vite, choquée par cette proposition. Au pueblo suivant (à noter que l’on a déjà dépassé les 15kms prévus…), rebelotte, on me propose un tout petit endroit sans herbe, au milieu de rien où Sarah pourrait être attachée à un tronc. Je n’en parle même pas à Sarah, elle aurait peur! Vite, nous repartons à nouveau… Vers une galère qui va de pire en pire! A force d’heures et de kilomètres, nous voilà à Belorado, où la personne qui connait un pré est partie en voyage, où une cavalière-propriétaire me demande une somme énorme (que je n’ai pas), pour herberger Sarah, à condition bien sûr que je dorme dans son hôtel, et les chiens sont refusés… Bref, la M….! Les heures passent, les visages défilent, la fatigue commence à se faire sentir, et avec elle le découragement. Pas question de pousser plus loin que Belorado, nous en avons suffisament fais aujourdh’ui! J’aurai pu planter la tente, si seulement j’avais trouvé un endroit! Pas d’herbe, pas d’eau, des champs secs et labourés et un chemin caillouteux, voilà le camino qui nous a conduit ici, à Belorado, étape que je ne risque pas d’oublier! A force de tourner dans la ville, je finis par aviser un petit pré (oh! Rien a voir avec les prairies verdoyantes que l’on rencontrera en Galice!!). Soit, on s’en contentera pour ce soir! Il va faire nuit, on est crevées, il faut bien se poser! Le pré s’avère être aussi plat que la surface d’un gruyère, sans compter les chardons, et je renonce bientôt à monter la tente en apercevant un bout de ruine qui trône au bord du “pré”. Me voilà à pousser les planches et écarter les cartons moisis pour m’installer dans cette ruine malodorante, mais avec quand même un toit. Je me sens sale, blessée dans ma dignité d’être humain, comme une vulgaires squoiteuse sur un bout de matelas douteux. Le pré est en fait entouré de maison, nous ne sommes pas à notre place ici! Je vais chercher un peu d’eau dans l’une des habitations mais il n’y a personne nul part. Pourtant nous avons soif, la journée à été longue et chaude. Je vois un robinet le long du mur et décidé après une longue tirade avec ma conscience, d’aller remplir mon seau d’eau, en voleuse.

Sarah dort. Malgrè son énergie je la soupçonne d’être fatiguée. J’ai le coeur lourd ce soir, je me sens blessée, dénigrée, et je hais par dessus tout le regard que me lancent les gens en passant près de la ruine où ils devinent que je dors. Pas un ne s’arrêtera me parler ou ne m’adressera un signe, je suis une entité étrange et dérangeante à Belorado, et il me tarde de repartir, loin!

 28 Février, 28kms Belorado – Ages (762kms)

Nous quittons au plus vite Belorado pour nous élancer sur une piste très agréable de terre rouge et ocre, bordée de pins et épineux. Avec mon chapeau, je dois ressembler à Lucky Luke, and yes, I’m a (poor) lonesone cow-boy, and I’m a long long way from home!! Je marche presque toute la journée pour soulager Sarah, mais elle n’est finalement pas si fatiguée que ça! J’aime son regard espiègle qui en dit long sur ses intentions de piquer un grand galop à l’improviste! Nous nous offrons une délicieuse pause au soleil avant de reprendre la route, sans hâte et en profitant de chaque seconde! Nous arrivons en fin d’après-midi à la “Casa Caracole” où Paz nous accueille avec une grande gentillesse. Sarah dispose de tout le terrain de foot pour elle et d’herbe en abondance, alors que Chinook et moi logeons dans une maison aussi simple que chaleureuse. Je décide d’y rester tout le lendemain, repos bien mérité pour toute la troupe! J’ai surtout envie d’organiser l’étape de Burgos que j’appréhende un peu après la traversée de Logrono; la galère des grandes villes…

Je passerai le lendemain à profiter de mon jour de repos pour refaire le chargement des sacoches, dégoter d’étranges bouchons d’aliments pour vaches afin de régaler ma licorne, réparer quelques bricoles, me renseigner sur “l’étape Burgos”… Bref, un repos en bonne et due forme, quoi! J’ai quand même pu joindre Claude par mail, ce qui suffirait à me redonner le sourire en n’importe quelle situation! Un grand merci à toi Claude pour tout, pour être dans ma vie!!

 

Notre hôte est aussi originale que charmante, mais hélas mon niveau d’espagnol ne laisse guère de place au grande conversation…

2 Mars, 30kms Ages – Burgos (792kms)

Quelle journée! Après 2jrs de repos à Agès, nous repartons avec un petit peu de pluie, mais tout de même pas assez pour se plaindre. Sarah déborde d’énergie et nous nous offrons quelques galops au goût de liberté. Je croise en chemin Bonnie et Eric, deux personnes que j’ai l’immense plaisir de rencontrer, et que j’aurai la bonne surprise de retrouver ce soir à l’auberge de Burgos! Avant cela, il m’a fallu trouver le centre équestre de Miraflores, à 4kms de Burgos. Quand les gens ont eu fini de nous envoyer dans un sens puis dans l’autre, nous avons enfin trouvé le centre. Nous débarquons alors dans le club, vaste, impressionnant. Je me demande à quoi on ressemble, moi avec mon chapeau et ma combinaison imperméable, Sarah avec son chargement de randonnée, au milieu de tout ces chevaux tondus, avec une couverture assortie aux vêtements de leurs cavaliers… Une femme m’aborde avec le sourire, je tente d’étaler du mieux que je peux tout mon vocabulaire d’espagnol, mais elle comprend vite que je ne suis pas d’ici. Elle continue à parler, en anglais cette fois, ce qui nous permet de vite établir une vrai conversation. je lui dis que je suis française, son visage s’éclaire, “moi aussi!” me dit-elle. bref, nous rechangeons de dialecte! En un clin d’oeil, Sarah et Chinook sont installées dans un des boxes (je n’aime pas laisser Sarah en box, mais vu le temps, et puis pour une fois…). Foin, grain, eau, croquettes, tout nous est offert sur plateau d’argent! Je discute longtemps avec cette femme qui sera un des anges de mon camino! Le marréchal-ferrant, jeune, beau gosse, vient inspecter Sarah, regarde sa ferrure. Il la trouve en parfait état et adorable, ou était-ce juste pour me draguer?

Mon chauffeur personnel me conduit au refuge des pélerins, en plein centre de Burgos. Neuf, fonctionnel et plutôt bien fait, il m’offre tout le confort d’une albergue, avec en plus des visages amis, des rires et sourires… Un délice!

3 Mars, 37kms Burgos – Hontanas (829kms)

Ce matin, cette même femme qui m’a tant aidé hier vient spécialement me chercher devant le refuge pour m’emmener au centre équestre, après m’avoir fait partager l’incoutournable cafe con leche – tortilla! Mais elle ne se contente pas de nous regarder partir, elle nous offre grain, croquettes, foin (pas facil à caser sur la selle), et me fait cadeau de 2 livres, attention que je n’oublierai jamais, et qui m’a beaucoup touché!

Difficilement, nous nous quittons, et me revoilà avec mon équipe : Une Chinook suréxcitée et une Sarah pas mécontente de quitter son box! En route! Nous gagnons le bord du rio, le long de la ville de Burgos, tout va bien, je suis heureuse, Sarah avance bien, et Chinook… a disparue! Chinook? J’appelle, crie, fait demi-tour, cherche, appelle à nouveau, rien! Chinook! Comment a t’elle pu s’éloigner alors qu’elle ne le fait jamais? est-elle perdue, blessée? est-ce qu’elle nous cherche elle aussi? me l’aurait-on prise? j’angoisse, j’imagine le pire, j’apelle en vain. pas de Chinook! Une heure, deux heures après, toujours rien. cette fois ça va mal! Je voudrais tellement avoir quelqu’un à mes côtés, quelqu’un avec qui partager ma peur, mes larmes. Je demande au hasard des rues, aux flics, marche en sens inverse… Et l’aperçois tout à coup! Elle trottinait dans la rue et semble ne pas comprendre pourquoi je m’écroule ainsi devant elle et la sert dans mes bras en pleurant sous le regard étrange des passants. Avec un peu de recul, le temps de reprendre mes esprits disons, j’ai plutôt envie de la tuer de m’avoir fait une peur pareil, mais je me contrôle… Nous repartons vite et filons bon train jusqu’à Hontanas, petit village au milieu de rien (de rien!). Il est tard et je dois encore m’occuper de Sarah et soigner Chinook qui s’est fait écraser une patte par Sarah (le bon Dieu qui l’a puni?). Je finis quand même la soirée sur une note positive, en cuisinant soupe et platrée de spaghettis pour notre petite troupe franco-anglo-espagnole! Pour cette soirée, merci camino!

4 Mars, 21kms Hontanas – Itero de la Vega (840kms)

Ce matin, la pluie est des notre! J’étends la bâche sur Sarah, mais notre chargement est mis à rude épreuve avec l’arrivée du vent. Peu importe, nous prenons la route, et nous voilà bientôt éparpillés sur le camino, joyeuse bande d’une dizaine de pélerins trempés, mais heureux! Finalement, un cafe nous ouvre ses portes dans Castrojeriz. Nous nous retrouvons tous pour un merveilleux cafe con leche inoubliable! Je n’aime pas laisser Sarah ainsi, mais la pluie s’est arrêtée et le patron du bar m’offre une baguette entière de pain pour elle. Tout de même; je culpabilise un peu…

Un peu de courage pour pousser la porte du bar, et nous revoilà en route! Je camine longtemps avec Eric. J’aime parler avec lui, nous avons beaucoup en commun tout en étant très différents, il m’apprend, me présente une autre vision des choses… Au sommet d’une colline, nous partageons quelques dattes puis nous séparons. La pluie reprend bientôt et nous nous arrêtons vite à l’albergue d’Itero de la Vega où Sarah est installée autour de l’église. J’y rencontre Marc, jeune allemand à l’âme bien tourmentée qui cherche refuge dans l’alcool. J’interdis au patron du bar de le resservir et la conversation avec Marc se prolonge durant plusieurs heures.

Bon, c’est bien joli tout ça, mais ça ne va pas nourrir ma licorne! J’avise la ferme d’à côté où trône une montagne de betteraves sucrière de 2m50 de haut sur 4m de large, mais personne! Si seulement j’osais en prendre une… Juste une… Mais ma sage petite voix intérieur m’en empêche! Pélerine et nomade, oui, voleuse, non! Je questionne donc le patron de l’albergue pour savoir où je peux trouver de l’orge. Il me présente un homme, qui me fait signe de monter dans sa voiture. Merci monsieur, j’ai pas tout compris mais c’est gentil, et… Stop !! Résumons, je ne le connais pas, je ne comprend rien à ce qu’il me dit et je vais monter dans sa voiture comme ça, toute seule?! J’hésite à aller chercher Marc mais me ravise de peur de froisser l’homme. Ah, cette confiance innée qui m’habite…! Très discrétement, j’ouvre mon opinel dans ma poche et garde une main dessus, au cas ou… Je reviens finalement à l’albergue avec une poche d’orge pleine, offerte par cet homme… Je raconte alors l’anecdote à Marc qui éclate de rire…

 

 

 

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Compostelle 2009 – Journal d’un pèlerinage – Partie 1

 31 Janvier, 25kms Villefranche de Rouergue – Limognes (25kms)

 Jour J! Je ne réalise pas encore que c’est bel et bien aujourd’hui que va débuter l’Aventure de ma vie, au du moins une des plus intenses. Après plusieurs mois de préparation exaltante, nous y sommes! J’équipe Sarah de protections aux jambes, charge notre équipement, embarque Sarah dans le van (merci Gérard!), et nous voilà partis direction notre point de départ : Villefranche de Rouergue. Arrivée devant la collégiale, lieu symbolique de Villefranche, je retrouve mon équipe d’au-revoir : mes parents et mon frère sont là, les soeurs Anawim, petite communauté de soeurs extraordinaires qui s’occupent de mes autres chevaux, mais aussi Jean-Pierre Mangé, président de l’association des amis de Compostelle du bas-Rouergue et le maire de Villefranche. Jean-Pierre veut écrire un article sur notre épopée dans le journal local, je lui explique donc en quelques mots notre aventure… Sur un parcours de 2200kms, nous vivrons au jour le jour en autonomie complette, Sarah (jument), Chinook (chien), et moi-même, durant 4mois, dont 2 d’hiver, sans prévoir notre parcours ou notre étape à l’avance. Nous n’avons que le stricte minimum avec nous, à savoir une tenue de rechange et une trousse de toilette pour moi, une pharmacie, une étrille, une corde de 9m et 4 fers de rechange pour Sarah, le matériel de maréchalerie qui pèse bien lourd et une tente. Je ne saurais dire combien de dizaines de fois j’ai chargé et déchargé les sacoches afin de tout y rentre judiscieusement …

Nous avons droit toutes trois à une bénédiction avant de nous lancer en pèlerinage, puis à des au-revoir assez émouvants, et… Nous y voilà, seules!! Le maire m’avait expliqué que je n’avais qu’à marcher jusqu’au rond-point pour trouver la balise du camino. Je l’aperçois en effet et nous partons pour de bon! Hum… Rapidement, ça se complique. Plus de balise ou balisage sommaire, voire totalement ilogique, bref, je m’aperçois alors que nous nous dirigeons droit vers la tour de la colégiale, direction notre point de départ. Se pourrait-il que nous soyons perdues après nos premières 45minutes de voyage? Et bien oui! Je croise les soeurs en voiture, nous rions! Enfin, nous voilà dans la bonne direction mais il est déjà 14h. Allez les filles, on y va! Sarah a une énergie débordante, en compétition avec une Chinook déchaînée, et moi je ris, nous y sommes! Arrivées à Limognes, j’ai la très bonne surprise de découvrir qu’il y a un centre équestre. Soeur Marie m’avait donné une adresse dans un couvent, mais je doute que Sarah y ait sa place! Bref, j’opte sans hésitation pour le centre équestre, où Didier, le propriétaire, m’offre un paddock et du foin. Je plante la tente, rassurée et heureuse de trouver si facilement un endroit pour notre première nuit! J’appréhende quelque peu l’obligation de faire du porte-à-porte, et le résultat! La voisine vient m’offrir un sandwich et des croquettes, joli entrée en matière! tout va bien, si ce n’est que Sarah vient compliquer les choses. Voyant les chevaux du centre se diriger vers leur pré pour la nuit, montés à cru par les cavaliers du club, ma licorne saute la clôture, fonce au milieu du peloton de chevaux et vient chercher des noises à une des juments! Ah les filles!! Finalement, plus de peur que de mal pour la cavalière de la jument, je m’excuse, confuse et rattrape Sarah. Mais elle n’a pas dit son dernier mot! Toute excitée, elle sait bien que ses congénères ne sont pas loin! Je renforce sommairement la clôture avec ma grande corde et reste avec elle le temps qu’elle se calme. Sarah, tu exagères, pour notre première soirée en plus, bravo ! Bizarement, malgré la bonne tournure de la soirée, une étrange sensation vient s’emparer de moi… Nous sommes parties, nous sommes toutes les 3 seules faces à nous même, au devant d’un long et intense périple… Nous y sommes pour de bon!

 

Je finis par rentrer dans la tente mais ne dors que d’un sommeil léger, me réveillant régulièrement pour regarder où est ma licorne et que tout aille bien pour elle. Plusieurs fois , en ouvrant la tente, je la découvre couchée sur le tas de foin éparpillé…

1er Février, 32kms Limognes – une ferme dans le Lot… (32kms)

 Ce matin, je me lève bien avant le soleil. Le temps annonce de la pluie et je m’équipe en conséquence avant de m’occuper de Sarah. Repliage de la tente, pansage, tapis, selle, fontes et sangle, sacoches, boudin et enfin la bâche sur le tout, voilà l’ordre des gestes que je vais répéter pendant plusieurs mois!

Nous partons et suivons cette fois le balisage sans problème, profitant de la fôret et surtout de la météo qui a choisit de nous épargner!

Nous arrivons le soir chez Patrice et sa fille Maelle, cavaliers et propriétaires de plusieurs chevaux qui nous accueillent avec une énorme gentillesse et nous offre le meilleur à toutes les trois! J’aide Maëlle à faire ses devoirs pendant que Patrice me prépare des oeufs aux truffes! Je ne connais pas ce mêt de choix, mais puisqu’il a si bonne réputation, va pour une soirée aux truffes! Hélas, dès la première bouchée, je m’aperçois que je n’aime absolument pas, mais politesse oblige… Je finis le plat avec le sourire!…

2 Février, 35kms Ferme de Patrice – Ferme abandonnée (92kms)

 Merci Patrice pour l’indic de la déviation qui nous a permis d’éviter la traversée de Cahors! Nous entrons dans le quercy blanc, et les cailloux laissent place à la terre glaise. Nouveau département, nouveau sol, je découvre! Le soir, je laisse plusieurs maisons derrière nous avant de me rendre compte que c’était notre seule chance, à présent nous sommes sur des plateaux déserts, et le prochain village est loin… Tant pis, nous nous installons dans le jardin d’une ferme semi-abandonnée, sa propriétaire, une femme agée, habitant à Paris. De toute façon, nous ne dérangerons rien. Il n’y a pas beaucoup d’herbe, et même si Sarah ne dit rien je lui promets de me rattraper le lendemain. Nous n’avons pas d’eau, je me mets donc en devoir de récupérer le mince filet d’eau piégé dans les coupelles des plantes mortes du jardin afin de nous abreuver. Nouvelles sensations, nous sommes totalement seules et les conditions du bivouac me laissent entrevoir l’aventure qui nous attend. Où allons-nous? Qu’allons-nous rencontrer, vivre? Je m’en remets au Carpe Diem, ces questions, seul le Camino y répondra, et puisqu’il nous ouvre les bras, faisons lui confiance!…

 3 Février, 35kms ferme – Lauzertes (127kms)

 Je garderai un excellent souvenir de notre traversée de Montcuq, bercée par les mots d’encouragement que me lancent les habitants. Un couple de retraités m’arrête dans la rue, me donne un euro et me demande de prier pour eux à Santiago. Je leur en fait la promesse, un peu émue; c’est si nouveau pour moi! Après une longue pause au soleil, nous reprenons notre route pour arriver à Lauzertes… Où la journée prend une autre tournure. Personne ne peut (veut) nous accueillir, même le centre équestre ne lève pas le petit doigt, et nous nous traînons de maison en maison, épuisées, pendant 2h et demie, jusqu’au coucher du soleil où la je commense à angoisser! Rien, toujours rien… Et là je craque. Je le pressentai depuis un moment, et cette fois ça en est trop, les larmes coulent sur mes joues. Je me maudits d’avoir si peu de resistance, de craquer si facilement, surtout que ce n’est pas comme ça que je nous dégoterai un coin pour la nuit! Aller Harmonie, bouge-toi, au moins pour Sarah et Chinook! Finalement, un couple adorable m’indique que l’on peut s’installer dans la jardin de la maison d’à côté, encore une fois casi abandonnée pour des raisons de santé de son actuel proriétaire… Au moins Sarah a de l’herbe, et malgré l’absence d’eau je n’hésite pas et pousse le portail. Surprise! Un quart d’heure plus tard, ce même couple revient avec une poche remplis de nourriture pour Chinook et moi! gâteaux, conserves, croquettes, fruits… Je les remercie les larmes aux yeux! Et là, sous le petit auvent de la grange, éclairé par ma petite lampe torche-dinamo et avec une poignée de feuilles et de brindilles, je fais mon premier feu! J’avais longtemps imaginé ce moment, seule avec mes rêves, devant les flammes et le bois qui crépite… moment magique! Ouai, ben pas cette fois! Mon minuscule et ridicule feu n’invite pas vraiment au rêve de trappeur! Il ne dégage pratiquement aucune chaleur, et je reste le bras tendu, tenant la casserole et grelottant de froid, le moral plus bas que je ne le voudrais! Sarah étant attachée à sa grande corde, je me lève à nouveau toute les heures, le ventre serré par l’angoisse qu’elle ne s’emmêle pendant la nuit! Finalement, je m’aperçois qu’elle s’en sort à merveille, et malgré le froid, je dors un peu.

 4 Février, 35kms Lauzertes – Moissac (155kms)

 Le simple fait de quitter Lauzertes ce matin me redonne le sourire! Et puis, autre jour autre aventure! Sarah a encore une fois une forme olympique, et après une petite pause dans la rivière pour se rafraîchir nous arrivons à Moissac, étape importante du pélerinage. Ce soir, la camino se rattrape! Nous dormons dans l’ancien Carmel, où Sarah dispose du parc pour elle toute seule, et je suis heureuse qu’elle n’ait pas à passer la nuit à l’attache. Chinook et moi nous accordons même une séance de tourisme dans les rues de Moissac, et me vient alors une idée. Je me rends au local de la police municipale pour y déposer un peu de matériel qui s’avère lourd et inutile : mes outils de maréchalerie (je suis certaine de pouvoir en trouver sur la camino, Inch’Allah), un piquet prévu pour attacher Sarah (les arbres suffisent très bien), mon filet (je monte Sarah au licol), ainsi que la toile de ma tente. Je ne garde que l’armature et mettrai la bâche par-dessus pour la nuit. Pas le grand luxe avec le froid qu’il fait, mais ça va nous alléger! Contente de moi, je profite d’être en ville pour faire les courses et achète un kilo de carottes à Sarah, n’ayant pas de grain à lui offrir…

5 Février, 38kms Moissac – Miradoux (193kms)

 En quittant Moissac par les chemins de halage, j’ai un étrange sentiment. Je me sens presque triste, un peu seule, mais surtout me demande pourquoi je suis là? Pourquoi je fais ce voyage, est-ce réellement ce dont jai besoin, et puis pourquoi, pourquoi, pourquoi? Les minutes défilent et m’enveloppent de cette êtrange langueur teintée de mélancolie… Heureusement, cet état de nostalgie se dissipe au rythme des kilomètres. J’aperçois dans la brume matinale un berger portant un berêt, entouré dun mini troupeau de moutons le long du canal. Vision magique, je souris. Les kilomètres s’enchainent, je marche, me mets en selle, remarche, et ainsi de suite jusque tard dans l’après-midi, vu que nous nous faisons refouler partout. Vous rendez-vous compte, une gamine, une jument et un chien, diantre! Et là, le camino m’offre l’une des plus belles rencontres du voyage! Nous voilà chez Thérèse, pélerine qui accueille toute l’année les pélerins dans une petite maison bourrée d’énergie positive. La table regorge de fruits, d’amandes, d’herbes et de thé, le coeur de Thérèse d’amour et de sincerité! Sarah dispose d’un vaste pré avec une herbe magnifique, et plonge avec plaisir le nez dans un seau d’orge pendant que Chinook est invitée à déguster un demi canard! Nous parlons de l’esprit du chemin, de ceux qui nous rien compris et font la course en oubliant de voir et d’écouter. Thérèse a des dizaines d’anecdotes à compter et je l’écoute en souriant. Nous avons plusieurs centres d’interêts en commun, comme moi elle écrit des poèmes et pratique la sophrologie, sait écouter les énergies de la terre, et je me laisse aller, ferme les yeux et profite un instant de ce que m’offre ce foyer. Thérèse pendant ce temps téléphone à des amis qui auraient la possibilité de m’héberger le lendemain, me voilà tranquille!

Nous nous quittons le lendemain avec une certaine émotion. Au revoir Thérèse, et surtout merci pour ce que tu m’as appris!

6 Février, 24kms Miradoux – Marsolan (217kms)

 Journée tranquille mais le froid et le vent ne nous lâche pas une seconde. J’arrive épuisée chez les amis de Thérèse qui m’ouvrent les portes de la salle des fêtes et m’invite à me doucher chez eux. Je suis inquiète, Sarah se couche et se relève plusieurs fois en peu de temps… Pourtant, malgré le froid et l’orge, une crise de coliques me parrait peu probable! Finallement, après l’avoir surveillé un long moment je ris toute seule de mon imagination, Sarah va rès bien et je vais enfin me coucher.

7 Février, 27kms Marsolan – Condom (244kms)

Le vent souffle et le froid me glace. Nous trouvons quelques rayons de soleil timides pour nous réchauffer à midi dans la cour d’une église. Peine perdue, le froid me pousse à reprendre la route, allez les filles, cap sur Condom où cette fois on s’offre le luxe d’un gîte pour pélerins. Je me retrouve toute seule avec 8o lits, me rappelant que je suis bel et bien en dehors de la saison de pélerinage, et j’en suis ravie! Je profite du confort du gîte pourtant glacial.

8 Février, 35kms Condom – Eauze (279kms)

Grosse journée et grosse galère. Personne n’accepte de nous recevoir et personne ne peut nous renseigner. Une propriétaire-cavalière m’annonce froidement que c’est non car ici “il n’y a pas toutes les commodités”, traduction s’il vous plait?? Je voudrais lui faire remarquer que ses prés, granges et paddocks sont justement tout ce dont on pourrait rêver, mes voilà que des larmes de rage et de désespoir me coupent la parole. Je fais demi-tour sans même la saluer. Sarah, Chinook, je suis désolée mais il faut continuer… Où? Aucune idée… Je pique alors une grosse colère, les yeux rivés au ciel, exigeant un signe de celui qui est censé me protéger et m’aider! Cause toujours… Très vite, ma colère se transforme à nouveau en un flot de larmes. Il fait déjà nuit. J’enlace Sarah et pleurs, ça me libère un peu. Notre situation n’est pas catastrophique mais le froid et la fatigue m’épuisent, et les étoiles brillent déjà au-dessus de nous… Il faut vite trouver un endroit où passer la nuit en sécurité. Mais au moment où je fais un pas pour repartir, Sarah refuse net de bouger. Elle me regarde, comprend ma détresse, mon désarois, me dit qu’elle va m’aider comme elle le peut. Elle refuse de bouger jusqu’à ce que je comprenne, elle veut que je monte sur son dos! Je monte, et elle se met au pas toute seule. Merci Sarah, merci de ton cadeau, de ton soutien, d’être là, merci!

Nous trouverons finalement refuge quelques fermes plus loin chez un couple de retraités, la femme est aveyronnaise, le courant passe, ils m’invitent chez eux et nous voilà toutes trois le ventre plein, merci!

9 Février, 23kms Eauze – Nogaro (302kms)

Nous arrivons de bonne heure à Nogaro où un homme me salue, nous commençons à discuter,et il m’apprend qu’il fait de l’attelage avec ses chevaux. Quelle aubaine, il a justement une petite maison en vente dans le village, juste au pied de l’église. Il n’y a qu’un lit, tout les autres meubles étant déjà déménagés, mais c’est pour moi le grand luxe. Bien sur, il y a aussi un pré pour Sarah, mais pour y accéder il va falloir… Traverser la maison! Qu’à cela ne tienne, nous ouvrons grand la porte d’entrée et faisons traverser une Sarah pas vraiment étonnée, l’air de dire “bof, tu m’en as tellement fait voir en 10 ans, c’est pas le plus farfelus le coup de la maison!”. Là, elle marque un point!

10 Février, 28kms Nogaro – Aire sur l’Adour (330kms)

Une forte pluie s’abbat sur nous toute la journée, nous sommes vite trempées et j’ai froid. La récente tempête a entièrement dévasté la forêt et les tronc gigantesques nous bloque le passage plusieurs fois, nous obligeant à faire et refaire des détours érintants. Apparement ça ne suffisait pas car la grêle se met à présent à tomber, et là en plus d’être froid ça fait mal! Bref, je décide de nous arrêter. Oui, mais pas si facile de trouver un refuge! Finalement, un homme me donne un excellent tuyau et nous arrivons grelottantes chez Fred et Véro, propriétaires d’une pension pour chiens à la sortie de la ville d’Aire sur l’Adour. En nous voyant arriver, ils comprennet vite et voilà Sarah installée dans un vaste box avec du grain, pendant que je fais sécher mes affaires devant un bon feu, allumé dans la cheminée de la grange. Fred est cavalier et rêve de repartir en rando mais garde avec amertume le souvenir de la perte brutale de son cheval. Je vois une certaine envie dans ses yeux quand il regarde Sarah, et je lui souhaite de pouvoir un jour se remettre en selle sur les routes!

Je partage leur table avant de retourner dormir avec l’équipe elle aussi repue.

11 Février, 28kms Aire sur l’Adour – Pimbo (358kms)

Nous repartons ce matin avec la pluie, qui tombe avec de plus en plus d’ardeur. Très vite, nous sommes trempées et j’ai à nouveau froid. Le camino est encombré voire totallement impraticable en raison des nombreux arbres tombés. Vu la proportion de foyers sans eau ni éléctricité après la tempête, personne ne se préoccupe de dégager les chemins! Mon coeur se serre en traversant les vergers où 99% des arbres gisent à terre, arrachés du sol, brisés, offrant une vision de grande désolation… De surcroît, j’imagine le malheur des familles entières qui vivaient de cette production fruitière, attendant désormais que les groupes d’assurances daignent leur verser de quoi se nourrir et tout recommencer à zéro.

En quelques heures, il nous devient impossible de progresser, entre le temps et l’itinéraire bouché, la galère! J’ai froid, je tremble, Sarah saute les troncs, mais sur le sol boueux et chargée comme elle l’est j’ai peur qu’elle se blesse. Décision : On s’arrête! Nous revoilà sur la route, bien! Des maisons, encore mieux! J’attache Sarah au portail et frappe à la porte… Du Paradis!! Medhi vient m’ouvrir, et en quelques secondes, Sarah est installée dans sa grange, Chinook fait la connaissance de Falcor, adorable labrador aux formes opulantes, quand à moi, me voilà attablée avec Medhi et Noah, son fils. Nous dicutons, le courant passe, et même très bien! Il me propose vite de rester ici autant de temps que je le souhaite! Lui est cuisinier au collège, et je ferai plus tard la connaissance d’Isa, elle aussi avec un coeur gros comme ça! Soirée crêpes avec 3 des anges de mon chemin, je lis une histoire à Noah avant de le mettre au lit, je suis bien, tellement bien! Ils resteront malgré les rencontres et les kilomètres mes plus beaux anges du camino!…

12 Février, 40kms Pimbo – Maslacq (398kms)

Difficile de repartir le lendemain, mais pourtant le camino nous appelle! Le soleil et enfin de retour, et nous filons bon train sur les chemins et à travers les villages. Je passe une bonne partie de la journée à chanter, même en traversant le village d’ Arzacq, et ris intérieurement des regards que me lancent les villageois. Mon coeur s’emballe soudain quand on loin, nous apercevons pour la première fois… Nos timides Pyrénées !! Quel bonheur! Après 2 semaines à marcher vers elles, elles se dévoilent enfin!

A midi, le général Leclerc m’invite à prendre un café chez lui, avec son épouse. Nous discutons un peu et ils m’invitent à repasser chez eux au retour… Joyeuse rencontre…

Nous arrivons assez tard à Maslacq, après une grosse étape. Le porte à porte m’apprend qu’il est possible de loger au stade, puisqu’un pélerin l’a déjà fait avec… Son chameau !! Etrange histoire que j’entendrais plusieurs fois sur le chemin, de cet homme accompagné de son chameau! Finalement, C’est André et Lilou qui nous ouvriront leurs portes ce soir. Sarah dispose du jardin, moi je dormirai dans la remise avec les citronniers (et un rat), après avoir partagé leur table. Protestants Evangéliques, ils veulent m’emmener au culte et m’offre un petit calendrier avec les Psaumes… Merci à vous deux, mais ma petite équipe et moi-même avons encore beaucoup à parcourir!

13 Février, 23kms, Maslacq – Navarrenx (421kms)

Nous partons au milieu du brouillard dense mais nous réchauffons vite en montant des côtes interminables. Je passe presque toute la journée à marcher pour soulager Sarah, et j’aime être à pied. Je réfléchis aussi bien qu’à cheval et me voilà vite perdue dans mes pensées, jusqu’à ce que Chinook se fasse attaquer par 2 chiens aux abords d’une ferme! Je ramasse vite des cailloux et les fais fuir, mais il faut dire que Chinook a la facheuse tendance de mettre sa truffe partout; cette fois, elle s’est faite avoir ! Nous nous arrêtons faire les courses en chemin puis je commence ma tournée de porte à porte pour trouver un logis. Rien… A part “peut-être” un vieux retraité à la réputation d’ours, propriétaire de 3 ânes. Bien, Sarah, invoque ta bonne étoile, nous allons tenter! Et oui, il m’offre un pré pour Sarah… Et claque vite la porte de chez lui! Hum… Je ne peux pas me plaindre, J’ai ce que je voulais : Un pré où Sarah n’aura pas à rester à l’attache pour la nuit, avec même un abreuvoir! D’ailleurs, il y a même une grange dans le pré, et je choisie de m’y installée avec Chinook plutôt que de monter la tente, Il faut dire que la température descend jusqu’à -5 C° la nuit! J’étends donc la bâche sur la dalle de béton, vient ensuite la couverture de Sarah (ça coupe un peu du froid et surtout ça fait office de tapis de sol!), puis enfin mon sac de couchage, dans lequel nous dormons à deux, Chinook et moi! Malgré cela, j’ai froid et Chinook soupire à chaque fois que je veux me retourner…

Au milieu de la nuit, mon coeur vient violement cogner contre ma poitrine! Un grincement m’a réveillé, j’attrape ma lampe que je garde toujours à portée et vois… Le loquet de la porte se soulever doucement! Je réveille Chinook (maintenant c’est clair, je sais qui protège qui!), et avise à quelques centimètres de moi une hache. Ma tête n’a besoin que d’une demie-seconde pour fantasmer sur un tas d’histoires! Pourtant je possède cette qualité de ne jamais m’affoler, même en cas d’accident. Doucement, la porte s’ouvre à peine, grince… Puis plus rien. Je m’avance (courageusement!), ouvre grand la porte et découvre… Sarah! Cette porte lui offrait apparement un merveilleux grattoir pour son auguste postérieur, et elle savait très bien que Chinook et moi étions à l’intérieur, alors pourquoi pas en plus nous faire un p’tit coucou?! Gênée par la lumière de ma lampe, elle me regarde et s’éloigne, préférant l’obsurité de son pré. Je ris, remercie Chinook de ne pas avoir bougé d’un millimètre, de s’être rendormie même (!) et décide d’en faire autant. Dur dur d’être pèlerin!…

 14 Février, 32 kms Navarrenx – Ostabat (453kms)

 Joyeuse Saint Valentin !! Grosse étape aujourd’hui malgré un raccourcis improvisé d’après ma carte à trop grande échelle et pas assez détaillé! Je suis tout de même fière de m’y être retrouvée, au pif et au bon sens. Je suis épuisée et avance avec peine, l’étape a été éprouvante et il fait chaud, mais Sarah a une pêche d’enfer! Brave jument, elle assure! Après un bon milliard de côtes, nous arrivons au gîte d’Ostabat! J’ai conscience que le prix allège un peu trop mon porte-feuille, mais j’ai décidé de fêter notre au-revoir au pays, puisque nous serons bientôt en Espagne! Douche, éléctricité, un lit!! Grand luxe après la nuit glaciale d’hier! Sarah dispose à nouveau d’un pré, avec cette fois en plus grain et foin! Je discute un moment avec le couple qui tient le gîte, lui est un authentique basque, tout comme mon petit déjeuner le lendemain, avec fromage et confiture étalée dessus! Un régale!

 15 Février, 26kms, Ostabat – Saint Jean Pied de Port (479kms)

J’ai le coeur en fête ce matin! Non seulement ce soir nous arriverons à Saint-Jean-Pied-de-Port, au pied des douces timides (les Pyrénées), mais en plus j’y retrouverai mes parents et mon frère afin de savourer quelques jours de repos et avant d’attaquer la partie espagnole! Le chemin est facile, agréable, et l’étape parraît même plus courte qu’elle ne l’est! Aujourd’hui, la nature a décidée de m’offrir un cadeau que je n’oublierai jamais, une rencontre magique! Nous caminons tranquillement quand j’aperçois devant nous un pottock, puis deux, et finalement un mini troupeau de 6 individus! Je comprends qu’il s’agit de chevaux en semie-liberté, peut-être même en liberté totale… Ils sentent Sarah (par chance elle couvre mon odeur!), et Chinook ne semble pas les effrayer. On se dirige vers eux, ils ne bouge pas, puis le chef décide enfin de trouver refuge dans un petit couloir d’arbres. Je reste un moment à les observer, puis nous continuons notre chemin en passant près d’eux… C’est ce moment que choisit le plus jeune d’entre eux, un yearling, pour pointer les oreilles en avant. Il n’a pas peur et porte encore en lui l’insolence et surtout l’insouciance des jeunes poulains. Il fait un pas vers nous, puis n’hésite plus à nous suivre et finalement la curiosité gagne l’ensemble du troupeau! Je me retourne sur ma selle avec lenteur, au moment où ils arrivent à notre hauteur, nous entourent, nous accompagnent! J’en ais les larmes aux yeux! Merci, merci à vous petits chevaux de m’avoir offert votre magie!! Une envie folle me prends soudain, j’ai envie de sauter à terre et de libérer Sarah! Mais non, nous avons encore du chemin à faire, et puis, elle et moi c’est une histoire d’amour, sans compter que ces chevaux, aussi libres qu’ils soient n’ont pas la vie facile! L’herbe n’est pas riche, voire inexistante une bonne partie de l’année dans les montagnes, ils doivent essuyer des tempêtes de pluie, de vent, de neige sur des sols difficiles! Bref, nous restons ensemble! Soudain, je tourne à gauche pour suivre le camino, et c’est là que s’arrêtent les 6 paires d’yeux pour nous regarder nous éloigner doucement. Je me retourne plusieurs fois pour prolonger cet instant de bonheur, et me résigne à les saluer. Merci petits chevaux, merci pour votre cadeau!!

 

Saint-Jean-Pied-de-Port ! Les remparts, la porte Saint-Jacques, les retrouvailles avec ma tite famille, un beau pré pour Sarah, le gîte… Nous sommes arrivées jusque là! A présent, quelques jours de repos nous attendent!

20 Février, 28kms Saint Jean Pied de Port – Burgette ( 507kms)

Théo, mon petit frère, décide de m’accompagner pour la traversée des Pyrénées! Nous passerons finalement par la vallée en raison des congères d’un mètre et de la neige qui interdisent tout passage par la montagne. D’ailleurs, un pélerin s’y est risqué la veille de notre arrivée et l’a payé de sa vie! Voilà maman bien rassurée…

En avant donc! La route est difficile, les côtes raides, nous transpirons à grosses gouttes alors que l’on marche dans la neige jusqu’aux chevilles! Sarah est formidable! Elle a l’avantage de n’être pas chargée aujourd’hui, maman et papa ayant pris le matos dans la voiture pour nous le redonner à Roncesvalles (Roncevaux). Espagne !! Nous y sommes!

 

 

 

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La Magie d’un Rêve

Mes doigts ont beau taper sur le clavier, je n’ose y croire… Mais reprenons depuis le début… Au cours des derniers mois, la vie de notre petite équipe a été pas mal chamboulée! Pour les nouvelles fraîches, nous vivons actuellement tous les 5 (les chevaux, Vendeta la mule, Altaï et moi) sur un terrain perdu au coeur du parc naturel du Vercors où seule une bonne marche à pied permet d’accéder à ce nouveau chez-nous provisoire. Une tente, un job dans une ferme bio pour l’été histoire de renplir notre bourse et les montagnes autour, voilà notre quotidien jusqu’à l’automne! Mais voilà, Shahana a grandit, changé, nous avons longtemps palabré toutes les deux pour en venir à la conclusion suivante : la vie qu’elle mène parmi nous n’est pas celle qu’elle désir. Le camino, le bât, c’est bien beau mais ça ne convient plus et l’équilibre de toute l’équipe en est touché. Grosse décicion à prendre donc, en ce qui concerne notre petite soeur, car vraisemblablement, nos chemins doivent se séparer… Je suis donc à la recherche d’une belle âme qui pourra lui offrir la vie qu’elle souhaite…

Grands bouleversements et…. Cadeau géant, je viens de le comprendre! Puisque je ne veux pas laisser Sarah seule, je me suis mise en devoir de lui trouver un autre compagnon qui complètera notre équipe dissoute. Oui mais voilà, mon coeur refuse de s’attarder sur les petites annonces et n’y porte même aucun intérêt! Je comprend pourquoi : je ne veux pas d’un autre cheval! Prise de conscience… Non, je n’arriverai à nouer aucun lien avec un autre, sauf… Avec Mon cheval, car c’est bien de cela qu’il sagit, je réalise que mon coeur est déjà prit depuis 4 ans! J’ai déjà un autre amour, par-delà la mer, un beau prince dont je suis amoureuse depuis 4 années et a qui j’ai fais une promesse un jour… Lawrence! Mon Lawrence, le cheval que j’ai rencontré en Irlande, ma grande histoire d’amour, le rêve d’une vie! Combien de fois depuis mon départ n’ai-je pas fais de plans grandioses pour aller le cherche! Pas une semaine ne s’est écoulée sans que je ne pense et rêve de lui… Je lui ai juré en partant de tout faire pour un jour revenir et le ramener avec moi, dans 1an, 5 ans, 10 ans… Et ce jour vient d’arriver!! Voilà pourquoi je ne pouvais ouvrir mon coeur à un autre… Ce coeur est déjà plein d’amour pour mon beau prince Irlandais! J’écris alors un mail à son propriétaire pour lui dire combien j’aime ce cheval et ce qu’il représente pour moi, pour lui proposer mille arrangements qui pourrait me permettre de réaliser mon rêve… Et enfin, enfin, après 4ans d’attente, les larmes coulent non plus de peine mais de joie car il accepte de me vendre Lawrence!! Dès que mon contrat à la ferme se termine, je prendrais donc l’avion pour m’envoler vers le rêve de ma vie, vers lui, vers mon bel ange que je ramenerai ici, et qui complètera l’équipe désormais parfaitement unie et plus belle que jamais!…

Cet événement repousse donc la date du prochain départ qui avait été fixée, mais le prochain article vous précisera où et quand nos pas de nomades nous guideront…

 

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L’équipe en images !

Puisque par une froide soirée loin de mon équipe la nostalgie est venue me trouver… J’ai lutté en créant ce diaporama, relatant en musique notre dernière épopée sur les routes…

Ainsi que notre pèlerinage à Compostelle…

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